Cinema

Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb, un exercice périlleux, authentique et passionnant

20 septembre 2011 | PAR Coline Crance

« Ceci n’est pas un film » de Jafar Panahi toujours dans l’attente à l’heure actuelle du jugement de son procès en appel en Iran, a été présenté hier à la cinémathèque en avant-première. En la présence de Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française, de son président Costa-Gavras mais aussi de Mohammad Rasoulof, la situation de plus en plus difficile des artistes en Iran a été rappelée. La présence de Mohammad Rasoulof, venu à Paris présenté son dernier «  Au revoir », prix de la mise en scène à la sélection Un certain regard au dernier festival de Cannes, était en soi un évènement. Il est lui-même tout comme Jafar Panahi condamné à six ans de prison.  L’offensive continue puisque sept artistes, dont le coréalisateur de «  Ceci n’est pas un film », Mojtaba Mirtahmasb ont été arrêté par la police secrète iranienne ce week-end. Et c’est avec émotion que son jeune fils a évoqué son père lors de cette avant-première.

Les six autres artistes arrêtés ce week-end ont été cités un à un par Serge Toubiana. Il s’agit de  Nasser Saffarian (réalisateur), Hadi Afarideh (réalisateur), Mohsen Shanazdar (journaliste et documentariste), Shahnam BAZDAR (réalisateur), Mehrdad Zahedian (réalisateur) et Katayoune Shahabi (productrice de cinéma).

L’appel à ne pas baisser ni la vigilance ni la mobilisation, brillamment illustré par la projection du miraculeux dernier film de Jafar Panahi, a donc été l’un des points d’orgues de cette soirée.

Face à l’absurdité de son interdiction de filmer pendant vingt ans, Jafar Panahi oppose la dérision et la malice dans un documentaire intime et irrésistible. L’oeil attentif du spectateur notera la mise en évidence du film Buried situé au premier de sa dvdthèque, véritable méthaphore de sa situation politique. Brillante leçon de cinéma, il montre que personne ne peut l’empêcher d’être ce qu’il est. Calmement, assis à la table de sa cuisine, il attend le jugement de son procès en appel. 

Ceci n’est pas un film, est bien sûr une référence à Magritte mais aussi un moyen de ne pas subir une nouvelle fois les foudres du régime de Téhéran. Avec humour, il énumère ce qu’il lui est aujourd’hui interdit de faire. Il ne peut plus filmer, ni écrire un scénario et doit rester cloîtré chez lui. Mais finalement dans l’absurdité persiste toujours une petit part de liberté ; il peut lire encore des scénarios. Seul en scène, il confie alors ses doutes à Mojtaba Mortahmasb et prouve qu’un cinéaste ne peut jamais être entièrement emprisonné mentalement. Il occupe alors son temps et reconstitue à l’aide des matériaux minimalistes, les scènes qu’il aurait aimé tourner, offrant même, non sans une certaine malice, un remake improvisé de Dogville de Lars Von Trier. Confession, pamphlet contre la censure, puissant carnet intime de cinéaste, Jafar Panahi accompagné de son fidèle iguane Igi, donne un voir un film riche et pleins d’humanité. Les dernières minutes sont les plus fortes. Alors qu’il suit dans l’ascenseur le jeune homme venu chercher les poubelles, il s’empare de la caméra, sort de l’immeuble et se trouve alors brusquement confronté à l’implacable réalité. Téhéran est en fête, mais il ne peut y prendre part. Soudain la caméra s’arrête le claquemurant ainsi dans ce saisissant huis-clos et cette insoutenable attente.La Liberté l’attend encore même si personne ne pourra lui enlever ce lien particulier entre un artiste et son oeuvre.

 Magnifique témoignage sur la situation actuelle en Iran mais aussi contre le formatage qui menace parfois le septième art, ce film miraculeux ( il est arrivé en France par le moyen d’une clef  USB clandestine cachée dans un gâteau), est à ne pas manquer en salle.

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Coline Crance

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