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[Cannes, Un certain regard] « Run », stimulante odyssée ivoirienne pour toutes les oreilles
Si, au début, ce premier long-métrage de l’ivoirien Philippe Lacôte semble fragile du fait de défauts techniques, on s’aperçoit bien vite que ces éléments qui nous surprennent relèvent de choix délibérés. Run est un film à écouter. Car il reste tout entier dédié à une langue, puissante et généreuse, dans laquelle sont contenues les images, les vraies.
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Dans Run, certains plans semblent d’abord trop durer. On croit remarquer des défauts de cadrage. Et des silences mal placés, parfois. Un manque d’esthétisation, en somme. Et les dialogues ne sont pas toujours évidents à saisir. On songe d’emblée à des défauts techniques, inhérents aux premiers films. Et puis… foin des sous-titres anglais réservés à la projection cannoise, on décide de les écouter avec précision, ces dialogues. Et tout s’éclaire.
On en brûle tellement, qu’on va l’affirmer : Run est un film porté par la langue. Celle de ces figures de Côte d’Ivoire, imagée et surtout habitée à l’extrême. Cette écoute transforme tout : on se rend compte que la caméra de Philippe Lacôte s’attache à la parole des personnages, qu’elle épouse ses détours et circonvolutions. Le découpage cinématographique a pour fondement leurs discussions. Leurs arrêts. Leur souffle.
Désormais, qu’importe qu’Abdoul Karim Konaté, l’interprète principal, joue un peu trop en force ? On s’attache à l’histoire de son personnage. Sa première vie, comme apprenti de maître Tourou, « faiseur de pluie » qu’il n’aura pas le courage de sacrifier, peine un peu à convaincre ; puis on se laisse happer par le récit de sa « carrière » dans le spectacle, aux côtés de Gladys, « mangeuse professionnelle » ; on reste pris par la peinture de son engagement chez les Jeunes Patriotes de Côte d’Ivoire, par son accession à la fortune et par sa rivalité sanglante avec l’Amiral, qu’il finira par assassiner lorsque celui-ci sera promu Premier ministre. Cette vie nous est contée oralement, par l’intermédiaire d’images et de métaphores. On y croit. La force du message final nous convainc aussi : « le seul moyen que j’aie trouvé de préserver ma liberté, en tant qu’ivoirien, c’est de fuir ».
Run est un objet particulier dans la mesure où il exige une attention de la part du spectateur qui, pour bien faire, doit d’abord écouter au lieu de regarder. Il compte également des défauts : des morceaux de l’histoire pas assez précisés, des scènes trop longues… Mais en cela, il semble proche de la réalité ivoirienne qu’il dépeint : voyez ces interventions de l’armée avec sergent en T-shirt de marque et chaîne argentée. Voyez ces groupes d’opposition, sans structures matérialisées. Tout ne semble exister que dans la parole. On est heureux qu’un réalisateur mette celle-ci à portée de nos oreilles.
Run, un film de Philippe Lacôte avec Abdoul Karim Konaté, Reine Sali Coulibaly, Rasmane Ouedraogo, Isaach de Bankolé, Abdoul Bah. Drame ivoirien, 1h40.
Visuels : © Bac Films
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Alao Morufu Oloyede
Coool