Cinema
Cannes, jour 7 : Brad Pitt superstar, Leos Carax inspiré et nuit courte cannoise

Cannes, jour 7 : Brad Pitt superstar, Leos Carax inspiré et nuit courte cannoise

23 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

C’est, comme chaque matin depuis 6 jours, les pieds mouillés que nous nous sommes précipités à la projection matinale de « Cogan-La mort en douce » de Andrew Dominik. Un polar qui a déçu les grands fans de Jesse James, séduit les néophytes et bien réussi à maintenir réveillés des festivaliers qui commencent à sérieusement tirer la langue après une semaine de suractivité, sous-alimentation, hyper-alcoolisation, pluie, et cruel manque de sommeil… (voir notre critique).

Au sortir de cette projection matinale, le photocall du film de Dominik a été quelque peu troublé par l’équipe du film « Le Grand soir » : Au sortir d’une longue nuit, Benoît Delépine et Gustave Kervern ont décidé de s’inviter sur les photos de presse de Brad Pitt. Devant la réticence de ce dernier, Kervern est allé jusqu’au doigt d’honneur. De quoi animer un peu les discussions sur la Croisette…

Dans l’après-midi, fuyant les fastes du Palais et ratant la conférence de presse de l’équipe de « The Angel’s Share » de Ken Loach (en compétition), nous sommes allés faire un tour du côté de la quinzaine. Le soleil pointait alors timidement le bout de son nez sur la plage suractive dédiée à cette section parallèle du festival. Nous avons pu rencontrer le réalisateur uruguayen Pablo Atoll Ward qui était déjà venu à Cannes avec « Whisky » (2004) et qui propose dans son nouveau film « Tres » un panorama décalé et éclaté d’une famille à trois membres. Intrigués par le film, qui met enfin en scène un personnage féminin intéressant (figure totalement absente de la compétition officielle), nous sommes sortis de cet entretien entièrement conquis par la grande modestie, la passion et la rigueur des propos de ce jeune et très talentueux cinéaste.Interview, ici.

17 heures étant arrivé, il était temps de prendre un verre au soleil, au bord de la piscine du Majestic, dans un endroit un peu à l’abri de l’hystérie collective qui monte sur la Croisette, du milieu de l’après-midi à l’heure de l’ascension du tapis rouge…

Marie-Laurence de Rochefort signe son livreA 19h, deuxième verre et changement de Palace : c’est au Lotus Lounge du Carlton que l’énergique Marie-Laurence de Rochefort accueillait ses invités par leur prénom, à la petite fête qu’elle avait organisée à l’occasion de la sortie d’un livre qu’elle a voulu –et est parvenue à- auto-éditer. « Yes, you Cannes » est une fable humoristique et assez proche de l’autobiographie qui permet de découvrir l’envers du décor à travers les déboires d’une attachée de presse overbookée… (Sortie numérique et papier). Marie-Laurence de Rochefort ayant assuré les RP de nombreuses personnalités du cinéma dont Marc Dorcel (présent pour la soutenir), la population était très diverse à cette signature du livre peu commune. Starlettes en décolleté jusqu’au nombril côtoyaient des ingénieurs son et des oiseaux de nuit.

A cette occasion, nous avons rencontré un père et une fille suisses et horlogers, qui nous ont montré leur toute nouvelle et originale marque de montres artisanales de luxe : Athur Oskar Stampfli. De véritables bijoux aux rouages précieux, de format souvent assez grands et déclinés en plusieurs thèmes qui peuvent aller de l’année du dragon à Iron Man. Un nouvel univers s’est ouvert à nous quand ils nous ont expliqué combien un acteur de film en compétition pouvait oser demander en plus de la montre, pour la porter –volontiers cachée sous les manches de sa veste – lors du photocall de la montée des marches…

Nous avons ensuite entamé une longue attente pour être sûrs de pouvoir entrer à la projection de « Holy Motors » de Leos Carax en salle Bazin, occasion d’échanger avec quelques collègues passionnés des points de vue (avant minuit, ils sont encore argumentés et articulés !) sur les divers films de la compétition et sur les bijoux à voir hors compétition. Quasi-absent depuis « Pola X » (1999, sauf un court dans collectif « Tokyo ! », en 2008), le réalisateur français s’est montré très en forme avec ce retour-performance porté par un Denis Lavant marathonien. L’on rit beaucoup aux saynètes de transformisme et d’illusion de l’acteur parti pour jouer dix rôles en 18 heures ; à bord d’une limousine fantasque où il se change et se grime. Les images sont encore plus travaillées que celles d’Audiard et certaines scènes (au cimetière avec Eva Mendès, dans la Samaritaine vide avec Kylie Minogue) atteignent des sommets de poésie. Il manque malheureusement au film un scénario…

allyson paradis aux platinesMinuit, l’heure des braves et des talons aiguilles. Direction le Grey Goose bar du Carlton, où, sous des néons bleus et quasiment sur la Croisette, la comédienne Alysson Paradis mixait dans une jolie robe fleurie et en imperméable bordeaux. Son très années 1980 puis transition indispensable vers la BO de « Drive ». Juste au moment où l’on allait reprendre un cocktail et danser, 1h30 approche et l’ambiance s’éteint volontairement. Il ne nous reste plus qu’à continuer la fête ailleurs, selon les lois du grand chelem : chez la fameuse Albane, sur le toit du Mariott, où l’on ne peut entrer ce soir (la loi et la logique des laissez-passer est assez irrationnelle et versatile, ci-dessus, la vue quand on peut effectivement entrer sur la terrasse du Marriott).

 

La vue du silencio

Alors, on change de toît pour aller sur celui de l’hôtel five où la piscine du Silencio à Paris s’étale comme un mystique lagon ou pépito bleu. L’on retrouve des têtes connues de Paris, Francis est à l’entrée toujours souriant et chaleureux. Au 5e étage en revanche, le lieu est magnifique, mais rien ne rappelle vraiment l’écrin parisien. La partie « indoors » est dans la pénombre, agréable, avec la piste de danse et un bar improvisé, moins bien achalandé que l’autel à cocktail du club de la rue Montmartre. Dehors, c’est autour de la piscine que l’on se masse, avec vue sur mer, et bonne humeur communicative.

Enfin, dernière étape de cette nocturne cannoise, nous entrons dans l’espace immense et très fréquenté du Baron, lui aussi téléporté à Cannes de temps du Festival. A l’entrée, le célèbre et redouté Bak, qui peut d’un froncement du menton vous accueillir ou vos barrer le chemin de ce lieu qui réalise le paradoxe d’être à la fois un vrai lieu de fête et un club très select et branché. La version cannoise du Baron change un peu d’apparence chaque année, mais conserve le code couleur rouge cramoisi et noir qui fait tout le cosi du boudoir du 8ème. Comme au Silencio, il y a deux espaces : un intérieur rectangulaire et large, avec un bar tout en longueur et une piste de danse qui doit faire 4 fois la taille de celle de Paris. Et une large terrasse où des tables et des chaufferettes assurent un vrai confort à ceux et celles qui s’y sont trouvés une place. Les autres sont tellement serrés debout qu’ils ne peuvent pas avoir froid.

On approche des quatre heures du matin, et enfin un vrai apaisement vient sur les nerfs surexcités par la cadence du festival. C’est le moment au-delà de la fatigue, celui où commencent les conversations vraies et où les égos et les looks laissent place au dialogue. Un très beau moment, qu’on payera probablement assez cher en arrivant à la projection presse de l’adaptation de Kerouac par Walter Salles à 7h40, demain. Euh, non, en fait, dans un peu plus de trois heures, c’est déjà aujourd’hui.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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