Cinema

Cannes : compte-rendu de la cérémonie de clôture

24 mai 2010 | PAR Margot Boutges

 Hier soir, 23 mai, les résultats sont tombés, les récompenses ont été attribuées. Kristin Scott Thomas, la maitresse de cérémonie, a foulé la scène du palais pour clôturer le festival qui a tenu en haleine les cinéphiles du monde entier pendant deux semaines. 

Elle a d’abord appelé le président du jury de la Cinéfondation et des courts métrages et l’actrice Michelle Rodriguez  pour remettre la palme du meilleur court-métrage à  Serge Evedikian pour Chienne de vie : « J’avais vraiment besoin de ce prix pour réaliser d’autres films » a confié le réalisateur qui n’est plus tout jeune. La Caméra d’or qui récompense le meilleur premier long-métrage a été remise par le président du jury de cette distinction Gabriel Garcia Bernal et Emmanuelle Beart à Michael Rowe pour Ano Bisiesto (Année bissextile).

La maitresse de cérémonie a ensuite appelé le jury de ce 63eme festival, Tim Burton et son équipe, pour annoncer le palmarès. Le réalisateur des contes macabres a égaré un peu ses papiers en annonçant les lauréats…

Le prix du jury qui récompense le coup de coeur de ce dernier (« dans toute sa subjectivité, le jury a toujours raison » a déclaré l’actrice et ancien juré Asia Argento), a été remis à Mahamat Saleh Haroun. « Je viens d’un pays où il n’existe pas grand chose », a déclaré le cinéaste tchadien qui décrit dans Un homme qui crie la guerre civile qui déchire son pays depuis plusieurs années. « Il faut donc faire des films comme des petits plats mijotés pour les gens qu’on aime. »

Tournée a remporté le prix de la mise en scène sous des tonnerres de cris et d’applaudissements. Mathieu Amalric en signe la réalisation et en tient le rôle principal. « J’ai l’impression de rentrer à la maison » a-t-il confié devant un public enthousiaste. J’ai commencé à 17 ans comme stagiaire assistant-monteur et Desplechin m’a inventé comme acteur à 30 ans. » Il a ensuite appelé ses plantureuses et sulfureuses actrices à venir le rejoindre sur scène. Tournée raconte le parcours d’un producteur parisien fraichement débarqué des USA avec son show de strip-tease burlesque.

Emmanuelle Devos, après avoir adressé un petit « petit message à Matthieu » : « j’espère que ça va pas l’empêcher de revenir jouer avec moi », a cité du Truffaut avant de remettre la palme du scénario à Lee Chang-Dong pour Poetry, qui conte l’histoire d’une vieille femme en proie aux troubles d’Alzheimer et aux déboires familiaux qui découvre la poésie.

Juliette Binoche a remporté le prix d’interprétation féminine pour son rôle dans Copie conforme d’Abbas Kiarostami. Elle y interprète une galeriste française qui rencontre un écrivain anglais dans un petit village toscan. Elle s’est chaleureusement adressée à son réalisateur : «Ta caméra m’a révélé à mon féminin (…) C’est une caméra qui sait aimer. » Elle a tenu un long discours ponctué de messages personnels où l’émotion était aussi palpable que longuette.

Récompense deux en une pour un double-prix ex aequo d’interprétation masculine. L’Espagne et l’Italie ont été couronnées à travers deux figures de pères courage interpétées par Javier Bardem pour Biutiful et Elio Germano pour La nostra vida. Ils ont rendu hommage à leurs réalisateurs respectifs, Alejandro Gonzalez Inarritu et Daniele Luchetti. Elio Germano a dédié son prix à «l’Italie et les Italiens qui se battent pour faire de l’Italie un pays meilleur, magré la classe dirigeante ». Javier Bardem a aussi adressé une jolie déclaration d’amour à sa compagne Penelope Cruz qui en a lâché quelques larmes d’émotion.

Xavier Beauvois a reçu le Grand prix pour Des hommes et des dieux qui retrace les derniers jours de moines chrétiens dans un monastère algérien. Il a longuement salué et remercié tous ses « frères » acteurs.

C’est Charlotte Gainsbourg, actrice primée l’année dernière pour son rôle dans Antichrist de Lars Von Trier qui a remis la la Palme d’or, la récompense ultime. Elle a été décrochée par  le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (voir notre article) pour le film Oncle Boonmee qui se souvient de ses vies antérieures. Ce film dont le tournage s’est étendu sur près de 3 ans et demi dans la jungle raconte les derniers jours d’un homme malade qui voit les fantômes de ses vies passées le submerger. Il a remercié le courage et la patience de ses producteurs, le président du jury et sa coiffure, ses parents qui lui ont fait découvrir le cinéma, le public et « les esprits et fantômes en Thaïlande » qui lui ont permis d’être là. Le dernier film du réalisateur de Tropical malady n’avait pas trouvé de distributeur français au début du festival. Gageons que cela ne sera bientôt plus le cas !

Kristin Scott Thomas a clôturé la cérémonie 2010. « Nous nous retrouverons dans les salles de cinéma du monde entier pour faire vivre les films de ce palmarès » a-t-elle déclaré.

Cette cérémonie a rendu hommage au cinéaste iranien Jafar Panahi qui avait été invité à faire partie du jury et qui est actuellement retenu prisonnier dans une prison de son pays. Il a entamé  son neuvième jour de la grève de la faim. Plus que jamais, le festival de Cannes se fait forteresse dans la défense d’un cinéma libre.

Sortie Dvd : Plein Sud de Sébastien Lifshitz
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Margot Boutges