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Cannes 2018, ACID : « Dans la terrible jungle » ou quand l’incontrôlable prend les commandes

Cannes 2018, ACID : « Dans la terrible jungle » ou quand l’incontrôlable prend les commandes

16 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Dans la terrible jungle est un documentaire-fiction à l’humour jubilatoire et touchant sur des adolescents d’institut médico-éducatif qui ne sont plus seulement sujets mais aussi acteurs et personnages de leur propre quotidien.

A l’IME La Pépinière dans les Hauts-de-France, Ombline Ley et Caroline Capelle filment des adolescents qui se prêtent au jeu de la mise en scène et du cinéma, pour raconter leur vie au sein du centre mais aussi leurs aspirations. Scènes du quotidien et micro-histoires fictives ou extirpées du réel, tout se mélange et nous rapproche de ce monde mal-connu qui renferme des personnalités extra-ordinaires en quête d’une vie ordinaire. Mais les réalisatrices n’ont pas cherché à nous montrer leur handicap.

C’est leur être et désir d’être, leur monde qu’ils ont construit pour s’exprimer et vivre avec les autres : Ophélie et ses improvisations musicales, Alexis et son costume mi-Batman mi-Superman, Mederick et ses commentaires moqueurs,… Chacun prend activement part à la construction de ce docufiction …Pour ne pas dire qu’ils s’en emparent. Car au final, ce sont les réalisatrices qui se laissent entraîner par leur spontanéité, l’aléatoire et l’incontrôlable qui forment le quotidien du centre et de ses locataires.

Le choix du plan large et fixe devient ainsi le meilleur ami de l’imprévisible et le rythme du film se calque sur celui du centre. Alors que les réalisatrices filment les adolescents en train de travailler dans un champ, surgit inopinément dans le cadre Mederick sur son fauteuil roulant, qui commente leur travail avec un humour décapant jubilatoire. Des scènes mémorables qui rendent le film si agréable à regarder.

Interdiction de tomber dans le pathos, ce n’est pas l’objectif. Le but est de montrer des jeunes, vivant leurs émois de l’adolescence dans un lieu autonome et autocratique qui les aide à s’épanouir dans une société qu’ils savent plus restreinte pour eux. Léa, passionnée de musique et d’improvisation qui lors des séances musicales élève sa voix et chante avec un vocabulaire « yaourt » très impressionnant, explique dans une mini-scène qu’elle joue avec son amie mal-voyante qui veut faire d’abord secrétaire, puis chanteuse, puis coiffeuse : « après l’IME il y a soit l’ESAT, soit…c’est tout ». Une réalité dont ils ont conscience, à laquelle ils se résignent malgré eux, sans pour autant perdre le sourire.

Dans la terrible jungle n’est pas tant un film sur ces adolescents, qu’avec eux: avec leurs idées, leur jeunesse qui s’épanouit, leurs rêves, leurs talents et leur lieu de vie qui sert de décor. Ils nous tendent la main pour nous offrir une balade fantasque et musicale dans ce lieu si tranquille, où chacun est libre d’être ce qu’il est et de péter les plombs « de manière adaptée » comme dit l’un des éducateurs.

Visuels : ©Macalube Films

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