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[Cannes 2021, Cannes Climat] Invisible Demons, lourde évocation de la pollution ravageant New Delhi

[Cannes 2021, Cannes Climat] Invisible Demons, lourde évocation de la pollution ravageant New Delhi

03 août 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

En figeant ses images dans une forme se voulant trop artistique, le réalisateur Rahul Jain les prive hélas d’humanité. Un film présenté au Festival de Cannes 2021 au sein de la section éphémère Le cinéma pour le climat.

Invisible demons s’ouvre sur un plan fixe cadrant un parc dans New Delhi, dans lequel une fumée qu’on imagine désinfectante est vaporisée, de façon à lutter contre les particules fines flottant dans l’atmosphère. Alors que le nuage blanc envahit l’écran, la bande originale du film – signée Kimmo Pohjonen – commence, elle, à dérouler ses belles notes pointues aux accents tristes. Cette ouverture, si elle place d’emblée le film dans un climat très engagé, n’en apparaît pas moins dans une recherche esthétique. Dans ces premières minutes, ces deux dimensions fonctionnent très bien ensemble. La suite va hélas rompre cette harmonie.

Invisible Demons est un long-métrage documentaire engagé, qui, s’il donne à se frotter à une cause alarmante, paraît ne pas user des bons outils pour parler d’elle. Assez vite, les images perdent en puissance : elles apparaissent comme coupées de tout contexte humain, car trop disparates et juxtaposées juste dans le but de « faire naître des sentiments tristes », pas de susciter de la réflexion. Et ce même lorsqu’elles montrent des situations hors du commun, qu’on aurait de la peine à imaginer. Quant à l’engagement, il est contenu dans des propos scandés par une voix-off, parlant à la première personne et appuyant ce que montrent déjà les images.

Au final, le réalisateur Rahul Jain frappe bien peu, avec cette suite de plans pensant se suffire à eux-mêmes et être alarmants. Pas assez sobre, le film noie son sujet. Surtout, il laisse si peu de marge au spectateur pour exercer son esprit et sa pensée qu’il peut en venir à l’assommer.

Invisible Demons est présenté au Festival de Cannes 2021 dans le cadre de la section éphémère Le cinéma pour le climat.

Retrouvez tous nos articles sur les films du Festival dans notre dossier Cannes 2021.

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Visuels : © TOINEN KATSE OY / MA.JA.DE. FILMPRODUKTIONS GMBH (2021)

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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