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Pretty Yende et le Verbier Festival Chamber Orchestra ouvrent les Nuits du Château de la Moutte avec Mozart

Pretty Yende et le Verbier Festival Chamber Orchestra ouvrent les Nuits du Château de la Moutte avec Mozart

03 août 2021 | PAR Yaël Hirsch

L’édition 2021 des Nuits du Château de la Moutte s’est ouverte ce lundi 2 août à Saint-Tropez avec un réjouissant programme Mozart. Sous les palmiers du domaine d’Emile Ollivier, la magie a opéré…

Les Nuits du Château de la Moutte, un évènement tropézien mythique

C’est donc contre le mur du monument construit par le gendre de Franz Liszt qu’ont lieu chaque année les Nuits du Château de la Moutte, et ce sans discontinuer, puisque le Festival est organisé en plein air, entre les palmiers et les grillons : il a donc pu jouer 3 soirées en 2020. Cette année 2021 encore, du 2 au 11 août, le programme imaginé par Jean-Philippe Audoli est mélomane, généreux et éclectique, avec aux côtés de Joyce DiDonato, Renaud Capuçon, Guillaume Bellom et Alexandre Kantorow, Fabrice Luchini et Richard Bona…  

Une Ouverture sous le signe de Mozart

C’est donc la soprano sud-africaine Pretty Yende – qu’on avait entendue avec délectation en récital pour la réouverture du Théâtre des Champs-Elysées, le 19 mai – qui a ouvert le festival, accompagnée par le Verbier Festival Chamber Orchestra (VFCO) dirigé par Gábor Takács-Nagy. Descendu, pour ce premier partenariat avec le Château de la Moutte, du Festival International Suisse et de sa prestigieuse montagne, où il a doublement travaillé (pas d’Orchestre Symphonique cette année, pour raisons sanitaires), le VFCO était dans une harmonie et un degré de nuances et de joie de jouer qui étaient absolument magiques. On l’entend dès les premières notes du récital de Pretty Yende, qui commence avec le « Ah, lo previdi!” – “Ah, t’invola” – “Deh, non varcar », K. 272 de Mozart.

Grâce et légèreté

Sur la scène délicieusement illuminée d’une chaleureuse lumière rouge, toute de blanc vêtue, Yende est une apparition. Alors que la soprano interprète cette pièce écrite par Mozart pour soprano et orchestre, l’on sent tout de suite que l’orchestre se met au diapason de sa voix : ronde, douce, maîtrisée, mais aussi très légère pour un Mozart féru de voix de femmes explosives et puissantes. Cela fonctionne très bien dans la cavatine de ce premier morceau, mais l’équilibre se perd un peu dans la deuxième pièce choisie, l’Exultate Jubilate qui est plus gracieux-précieux qu’exultant-mystique. Sous la direction complice et malicieuse de Gábor Takács-Nagy, les musiciens ont beau varier les rythmes et envelopper la voix de la soliste, il manque quelque chose à cette jolie mais trop timide interprétation. En étonnant bis, Pretty Yende et le VFCO ont fait le choix de partager leur version – certes viennoise et « schmalz »- de la chanson culte du magicien d’Oz, « Somewhere over the rainbow ». Et même là, la voix de Pretty Yende est un peu noyée sous les cordes…

Une symphonie simplement délicieuse

Une fois la diva joliment saluée, elle disparaît pour nous laisser seuls avec l’orchestre et c’est juste un immense bonheur. Dans la Symphonie n°29, écrite par Mozart à 18 ans alors qu’il est encore à Salzbourg, Gábor Takács-Nagy semble s’envoler dans la félicité de diriger son orchestre en parfaite harmonie. Les contrastes du Allegro moderato sont majestueux et le cordes brillent tandis que le chef retient ses cuivres jusqu’à la fin du mouvement Andante où l’on sent déjà que l’exercice de cour tend vers quelque chose de plus sensible, naturel, intérieur et romantique. Le bref Menuetto nous fait revenir à la cour du Prince-archevêque et la délicatesse de l’Allegro con spirito finit de nous ravir. Un Mozart extraordinaire et follement heureux qui nous transporte réellement au cœur de la Mitteleuropa.

Nous terminons cette soirée magique avec la joie d’imaginer ici jeudi prochain Renaud Capuçon, Guillaume Bellom et Fabrice Luchini « chanter » Nietzsche, Baudelaire et la musique …

Visuel © Antoine Sage

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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