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Cannes 2020, Sélection ACID : « Il mio corpo », ou deux survies sous le soleil, dans le dénuement

Cannes 2020, Sélection ACID : « Il mio corpo », ou deux survies sous le soleil, dans le dénuement

28 septembre 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans les paysages rocheux de la Sicile, les itinéraires d’un jeune ferrailleur et d’un migrant africain, travaillant tous deux pour gagner peu de choses, se croisent. Un film qui accroche de par l’énergie qui le traverse.

Au sein des images d’Il mio corpo, le soleil inonde tous les paysages filmés, ceux de la Sicile éloignée des grandes villes. C’est dans cette atmosphère que le tout jeune Oscar vient récupérer, avec son père, un imposant frigo, dans l’une des premières séquences. Un objet ménager jeté dans un précipice. L’opération est délicate, pourtant le garçon l’effectue en faisant preuve d’une énergie à toute épreuve. C’est cette énergie – plus suggérée, donnée à sentir, que montrée de façon appuyée – qui irrigue ce film de Michele Pennetta, qui s’attarde davantage sur les corps et attitudes des protagonistes qu’il filme que sur les paysages de cette Sicile aride, apparaissant comme des espaces mettant en lumière ces deux âmes, et leurs rêves d’un meilleur destin.

Le réalisateur paraît chercher à véritablement inscrire, en fait, ces protagonistes et leur énergie vitale dans ce cadre guère hospitalier. Dans ce film au style oscillant entre documentaire et essai voulant tendre vers un peu d’abstraction, la vie d’Oscar répond à celle de Stanley, immigré nigérian, qui travaille pour une paroisse de quelques âmes, en échange du gîte et du couvert (très maigres), au cœur d’un paysage où on n’aperçoit quasiment ni bâtisse ni habitants. La réalisation fait peu durer les plans : le cadre est là, imposant et écrasant. En quelques images, il vient s’opposer à la lutte que mènent les deux protagonistes filmés pour un meilleur avenir.

Nul besoin d’effets appuyés pour traduire les idées en arrière-plan, et la difficulté de cette quête : les plans parlent suffisamment. Et devant ce film figurant parmi les productions choisies par treize cinéastes pour composer la sélection « Cannes 2020 » de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), dévoilée au public en avant-première fin septembre, début octobre et début novembre dans plusieurs villes de France, il n’y a plus qu’à observer l’énergie intérieure qui anime les héros, face à ce monde qui leur oppose résistance.

Infimes événements

Si le film aurait gagné à contenir quelques scènes s’attardant sur les sentiments profonds des deux êtres qu’il suit, quelques séquences donnant davantage accès à leur intériorité, afin que l’on se sente véritablement tenu en haleine par eux tout du long, il donne à voir, vers la fin, une prise de contact curieuse entre eux, une rencontre très à distance, un passage où ces deux héros paraissent s’apercevoir, dans la nuit, et se reconnaître des points communs, alors que rien n’aurait dû les amener à se croiser.

La forme du film, et sa réalisation, bien plus « aérées » et ouvertes que démonstratives ou alarmistes, permet d’aboutir à cet instant-ci : de temps à autre, on peut se sentir perdu, devant l’écran, face à cette Sicile inhospitalière qui paraît n’avoir au final rien à offrir excepté des difficultés. Sauf qu’à force de patience, et de repères laissés, un temps, derrière soi, des micro-événements peuvent s’y produire. Difficile de traduire l’impression qui traverse les deux personnages lors de cette « rencontre » très à distance. Le spectateur, lui, peut se sentir surpris et dépaysé. Sans que le cadre de vie dur décrit dans le film lui sorte de l’esprit…

Distribué par Nour Films, Il mio corpo a sa sortie prévue dans les salles françaises le 11 novembre.

Le film est à revoir en avant-première à Paris le lundi 28 septembre à 16h30 (au Louxor).

Les films de la sélection « ACID Cannes 2020 » sont à voir avant leurs sorties dans les salles françaises à Paris du 25 au 29 septembre (au Louxor), à Montreuil du 30 septembre au 2 octobre (au Méliès), à Malakoff du 1er au 5 octobre (au Marcel Pagnol), à Lyon du 2 au 4 octobre (au Comoedia), à Marseille du 8 au 11 octobre (à la Baleine / au Gyptis), à Porto-Vecchio du 10 au 13 novembre (à la Cinémathèque de Corse). Puis à Belgrade, du 20 au 29 novembre, dans le cadre du Festival du Film d’auteur.

Visuel 1 : © SWEET SPOT DOCS

Visuel 2 : affiche française d’Il mio corpo

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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