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Cannes 2018 : Pawel Pawlikowski éclaire la passion à la lumière de la guerre froide en compétition

Cannes 2018 : Pawel Pawlikowski éclaire la passion à la lumière de la guerre froide en compétition

11 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

Le réalisateur de Ida (2014, lire notre interview) est en compétition avec une oeuvre à l’esthétique achevée. Cold War décrit en noir et blanc une passion symbolique de la guerre froide.

[rating=4]

Pologne, 1949. Viktor est un musicien de génie qui décide de monter une école où il révèlerait des talents paysans et ruraux afin de redonner vie au folklore de la Pologne. Le projet s’appelle Mazurka et a vite du succès, au point de tourner partout en Europe de l’Est. Parmi les recrues les plus talentueuses, la superbe Zula l’émeut. A la faveur d’un concert à Berlin, Viktor compte réaliser son rêve : fuir et partir vivre à Paris. Zula accepte de le suivre mais au dernier moment, elle ne se présente pas. Alors que Viktor se réinvente une vie dans un club de jazz français, la « femme de sa vie » continue à tourner avec Mazurka. Commence alors un chassé-croisé entre Est et Ouest, où carrière, vie et descendance, comptent moins que la folle passion qui embrase les amants.

« Mes parents étaient des personnes très fortes et merveilleuses, mais en couple, c’était une catastrophe absolue », explique Pawel Pawlikosvki qui leur dédie ce film aux images parfaites. Après les racines juives de la sœur polonaise Ida, c’est toujours en noir et blanc et encore une fois en polonais que Pawel Pawlikowski raconte – à sa manière – leur histoire en donnant leurs prénoms aux héros de son film. Des héros très slaves, emportés par leurs sentiments, tiraillés entre deux blocs : entre racines polonaises et liberté dans le Paris zazou des années 1950.

La fable s’étire sur dix ans et nous entraîne, des costumes folkloriques et grandes étendues d’herbes polonaises aux ors de Varsovie, puis des clubs enfumés de Paris aux hôtels particuliers bourgeois. Chaque société a ses parvenus et ses parias et, aussi talentueux soient-ils, ils ont bien du mal à appartenir à la première catégorie quand ils ont l’âme slave. Très cohérent, ne donnant presque rien d’autre à voir que la musique, la danse et la passion, des amants terribles, et restant focalisé sur leur histoire pour en dire long sur celle de la guerre froide, Zimna Wojna (titre polonais du film) est d’une maîtrise bluffante.

La lumière brille dans les cheveux de Joanna Kulig comme dans de la dentelle, les chants folkloriques émeuvent et disent d’ailleurs la passion impossible qui, comme dans l’histoire du film, prime sur la fureur politique et les escapades à Paris, et nous replongent réellement dans les années 1950. Ombres, lumières, saoûleries, tout se passe ici et maintenant dans une image à la fois immaculée et brûlante. Une fresque intimiste et une épopée presque picturale qui a ses chances pour la Palme.

Zimna Wojna, de Pawel Pawlikowski, avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Jeanne Balibar, Cédric Kahn, Pologne, Royaume-Uni, France, 1h24,  en compétition, sortie française le 29 août chez Diaphana. 

Visuels © photos officielles du film

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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