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A Bruxelles, les lignes bureautiques de Marie Cool et Fabio Balducci illuminent la Verrière

A Bruxelles, les lignes bureautiques de Marie Cool et Fabio Balducci illuminent la Verrière

11 mai 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sous le commissariat de Guillaume Désanges, le duo d’artistes franco-italien Marie Cool et Fabio Balducci redéfinissent la notion de travail à La Verrière, l’espace bruxellois de la Fondation d’entreprise Hermès.

Entrez au 50 boulevard de Waterloo, traversez la belle boutique et laissez-vous guider. Baignée par le soleil, l’espace parait immense. Au centre, une grande table rectangulaire est posée là, renversée comme une barricade révolutionnaire. Sur les murs, des écrans vidéos où des gestes minimaux se répètent, et tout le long des murs, dans des vitrines, des dessins qui n’en sont pas vraiment. Le trouble est immédiat et terriblement excitant. Que veulent nous raconter Marie Cool et Fabio Balducci ? Certainement pas une histoire qui commencerait par « Il était une fois ».

Ils ne se définissent pas comme performeurs. Ils agissent. Leurs actions existent depuis 1995 mais ne sont filmées que depuis 2006. Que voit-on ? Les objets de l’extrême quotidien de ceux qui ont une vie de bureau. Alors, des tables, du fil, des stylos, du scotch mais aussi la lumière qui entre par les baies vitrées que l’on imagine verrouillées pour des questions de climatisation.

Tout est question de ligne ici, sans récit préexistant. Comme des chorégraphes, le duo exploite la force plastique du mouvement. Leurs gestes simples se répètent et la magie arrive. Cette exposition intervient dans le cadre du cycle “Poésie balistique” et elle est parfaitement à sa place. Ces artistes représentés par la galerie Marcelle Alix ( Paris) ont déjà réalisé leurs « actions » au MoMA ou à la Maison Rouge.

Sur le fond, rien de léger ici malgré l’extrême beauté qui surgit de la pureté des formes. Toutes les tables proviennent d’entreprises qui ont fait faillite. Cette « récup » apparaît comme une critique du capitalisme qui voit s’effondrer de lourdes machines. Que deviennent les photocopieuses quand la boîte ferme ? Des outils pour faire de l’art. A deux, ils impriment, dessinent, découpent, collent. Ils inversent les rôles et cela provoque d’étranges rencontres où les stylos-billes deviennent un éventail en noir et blanc au graphisme radical.

Le beau se niche ici dans l’invisible du quotidien et la violence se devine derrière une règle qui disparaît dans l’ombre d’un bureau devenu désert.

Un travail qui subjugue par une intelligence directe.

Exposition jusqu’au 7 juillet, entrée libre du mardi au samedi de 12h à 18h, à la Verrière-Fondation d’Entreprise Hermès, 50, Boulevard de Waterloo, Bruxelles.

Visuel :© ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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