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Cannes 2018, Hors Compétition : « 10 years Thailand », projections futuristes pas totalement convaincantes

Cannes 2018, Hors Compétition : « 10 years Thailand », projections futuristes pas totalement convaincantes

11 mai 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans la section Hors Compétition de Cannes 2018, on découvre ce film en quatre segments, signé par quatre réalisateurs thaïlandais dans le but « d’averti[r] sur la situation politique actuelle en Thaïlande », où une dictature militaire gouverne depuis 2014, et pourrait tout verrouiller d’ici dix ans. Pas assez écrit, pour l’un des films courts, trop, pour un autre, et un peu bref en termes de réflexion pour un autre encore, les courts de ce « film à huit mains » valent pour leurs bonnes idées. Surtout le troisième « sketch », qui constitue, lui, un vrai délire ouvert qui fait peur.

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Dans le troisième segment du film 10 years Thailand, un monde futuriste tout en couleurs bigarrées à la limite du dessin animé est donné à voir : une femme en habits militaires (la Thaïlande? la dictature?) règne sur une sorte de centre aéré maléfique, où elle apprend à ses « enfants » à marcher droit. Dans son bureau secret, elle observe le monde extérieur sur d’innombrables écrans. Et en réalité, elle n’en est même plus au stade de l’observation : elle contrôle tout. Il suffit qu’elle appuie sur un bouton pour que tous s’immobilisent. Et quand la nuit vient, elle envoie des hommes pris au hasard dans le monde vers les étoiles, grâce à un canon lunaire. Passant à travers une subtile et sanglante machinerie, ces humains deviennent ensuite le firmament contemplé par cette étrange femme…

Habité par une foule de procédés techniques différents, quasi muet, et signé par le cinéaste le moins connu du quatuor, Chulayarnnon Siriphol, ce segment impressionne. Sa force est de mettre ses procédés de mise en scène ultra-stylisés non pas au service d’une seule idée, mais d’une foule de symboles ouverts. Sa virtuosité n’a d’égal que l’ouverture d’esprit dont il témoigne. Ce petit film présente un futur vivant, maléfique, fascinant, dangereux.

Lorsqu’ils réfléchissent sur l’avenir de la Thaïlande, pays miné aujourd’hui par le « nouveau nationalisme […] maintenant promu » (comme l’explique la fiche du film sur le site de Cannes), les trois autres cinéastes se montrent bien moins jusqu’au-boutistes, et un peu tièdes peut-être. Aditya Assarat (Wonderful Town) signe un segment romantique aux personnages irritants sur une exposition de photographies contrôlée par des militaires. Un peu court, en termes de réflexion. Le même mal touche Apichatpong Weerasethakul, qui signe un sous-Cemetery of splendour (critique ici) où des personnages font du cinéma et de l’agriculture en paroles tout autour d’un monument que des ouvriers ensevelissent (ou déterrent?). Ce petit film apparaît décousu.

Quant à Wisit Sasanatieng (Les Larmes du Tigre noir), il orchestre une fable d’action futuriste à l’univers frappant, mais au scénario déjà-vu… Le temps de quelques idées fulgurantes, ces trois autres films courts accrochent un peu. Mais ils font un peu figure de brouillons à côté du cauchemar calme orchestré par Chulayarnnon Siriphol… Comme pour Donbass, présenté également à Cannes, faut-il des références géopolitiques pour comprendre toutes les idées ? Peut-être. Mais le film de Sergei Loznitsa a une ampleur qui joue pour lui, aussi…

« Film à sketches » (ou segments) politique présenté à Cannes 2018 en section Hors Compétition, 10 Years Thailand n’a pas encore de date de sortie dans les salles françaises.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2018

Visuels : © Ng Ka Leung / Andrew Choi

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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