Cinema

Année bisseXtile de Michael Rowe

18 juin 2010 | PAR Coline Crance

Année BisseXtile est le premier film de Michael Rowe. Ce huis clos génial et saississant , il a été récompensé par la caméra d’or au festival de Cannes cette année. Il est sorti sur les écrans le 16 juin. Durée : 1h34 avec Monical del Carmen, Gustavo Sanchez Parra

 Laura est une jeune femme au physique banal. Elle vit seule dans son appartement et collectionne les amants d’une nuit. Son seule échappatoire est cette fenêtre qui lui permet d’observer la vie unie de couple de ses voisins. Cette vision est peut-être le seul moment de vrai orgasme pour la jeune femme et d’amour pour la vie. Un jour , son destin change ou se confirme. Elle rencontre Arturo , autre amant d’un soir. Enfin un homme s’intéresse à elle , il l’aime pour ses faiblesses, cette fausse domination, qu’il pense avoir sur elle. Ils entament alors une relation sadomasochiste.

Le film de Michael Rowe peut être rapidement comparé à L’empire des sens d’Oshima. Mais le cinéma de Rowe est tout autre. Contrairement à Oshima la relation sadomasochiste n’est pas filmé sous l’angle de la sensualité tendue par le crescendo d’une violence toujours plus croissante toujours plus passionnelle. Ici nos deux protagonistes ne tombent pas amoureux de cette violence qui les unit. Rowe filme son héroïne qu’en plan fixe, dans un quotidien sans affect, symboliste (le sexe est mécanique). Prisonnière du cadre de la caméra, de son appartement, elle ne peut espérer trouver une issue. Le caractère minimalisme, épuré du film frappe et lui confère toute sa beauté.

Il emprunte à Oshima le genre du huis clos , mais dépouille ce triste quotidien de tout sentiment. La quotidienneté ne s’exprime qu’à travers ses jours barrés par la jeune femme les uns après les autres jusqu’à ce fameux point rouge marquant le 29 février. Dans ce film domine avant tout le caractère mortuaire de cette relation plus que le plaisir ou le désir. La sensualité et la beauté qui se dégagent de cette femme , de ce corps qui se donne tout entier à son bourreau, vient plutôt de cette froide résignation, de cette impassibilité face à cette progressive exécution. A la fois soumise et guerrière, plus endurcie et que ces rondeurs ne semblent le suggérer , le film doit beaucoup à la magnifique interprétation de Monica del Carmen toujours plus belle au fur et à mesure que le film se déroule. Le sexe faible dans ce film, brillant et surprenant, n’est pas celui que l’on pense…

Maîtrisé , épuré, ce film dépasse le simple exercice de style, sa propre comparaison avec n’importe quel autre film, et livre une puissante leçon d’humanité par sa profonde dignité, cet accord tacite entre nos deux protagonistes, et par cet impossible cri qui ne peut jamais sortir de la bouche de cette femme.

 

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Coline Crance

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