Cinema
Angoulême 2021 : merveilleuse Lyna Khoudri dans « La Place d’une autre » d’Aurélia Georges

Angoulême 2021 : merveilleuse Lyna Khoudri dans « La Place d’une autre » d’Aurélia Georges

01 septembre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Au programme du Festival du film francophone d’Angoulême, les délégués généraux de cette semaine de cinéphilie présentent leurs coups de cœur respectifs. Cette année, Dominique Besnehard a choisi La Place d’une autre d’Aurélia Georges, un film d’époque à la fois poétique et haletant avec Lyna Khoudri et Sabine Azéma. 

1914. Nélie est une jeune femme de la rue quand elle décide de s’engager à la Croix rouge en tant qu’infirmière pour venir en aide aux soldats sur le front. Une nuit, alors qu’un énième bombardement fait des ravages, une occasion se présente à elle de prendre la place d’une autre et d’échapper à son destin de misère. C’est ainsi qu’elle devient lectrice auprès d’une riche veuve qui va tendrement s’attacher à elle et lui offrir un confort qu’elle n’a jamais connu, au prix du mensonge. 

Toute la dynamique du film repose sur une ambivalence, celle de donner à voir une transgression, une conduite moralement condamnable, tout en gardant une empathie profonde pour le personnage de Nélie. Merveilleusement incarnée par Lyna Khoudri, la jeune femme réussit en réalité parfaitement son subterfuge puisqu’elle va jusqu’à tromper le spectateur. L’autre question qui se pose est celle de savoir si justement on parle d’une tromperie ou bien d’une injustice sociale rétablie. L’intérêt du scénario est de convoquer la morale et la générosité en ouvrant une réflexion sur la place de chacun et la possibilité de se défaire des fatalités de l’existence. Le film fait ainsi écho aux inégalités colossales du monde d’aujourd’hui sans pour autant faire peser ces enjeux sur le film. 

Aurélia George réalise un long-métrage gracieux en exploitant tout ce qu’une usurpation d’identité peut apporter à l’écran. Il y a évidemment le suspense de savoir si son secret va être découvert, mais aussi une angoisse grandissante, nourrie par plusieurs éléments qui donnent une substance particulièrement intéressante au film, touchant notamment à la folie. Le personnage de Maud Wyler participe à amplifier cette dimension, par ailleurs assez justement retenue pour garder la délicatesse de l’ambiance mise en scène. Sabine Azéma couronne le tout en bourgeoise précieuse et attendrie. On notera enfin le regard particulièrement féminin de cette réalisation qui offre une certaine fraîcheur. 

 

La Place d’une autre d’Aurélia Georges, avec Lyna Khoudry, Sabine Azéma, Maud Wyler, Laurent Pointrenaux. 1h52. En salles le 26 janvier 2022. 

Festival du film francophone d’Angoulême du 24 au 29 août 2021. Plus d’informations ici.

 

Visuel © image du film 

Une excellente biographie de Georgia O’Keeffe par Marie Garraut
Olga Tokarczuk : Maison de jour, maison de nuit
Alice Martinot-Lagarde

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture