Fictions

Olga Tokarczuk : Maison de jour, maison de nuit

01 septembre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le roman se déroule dans un petit village polonais, en Basse Silésie, au tournant des années 1990. Olga Tokarczuk y décrit la nature, la vie quotidienne des habitants mais aussi leur passé, leurs rêves et leurs fantasmes.

Un village polonais

La narratrice collectait les rêves. Son récit débute logiquement par un rêve, un rêve qui est un regard pur, un arrêt sur image, sur le hameau où elle habite. Le village est situé en Basse Silésie, au pied des montagnes des Sudètes. Avec sa voisine Marta, il existe une complicité souvent silencieuse. Marta est une vieille femme énigmatique, qui ne parle jamais d’elle mais qui raconte des histoires parfois jusqu’à fabuler. Son voisin Bidule est hanté par Marek Marek, un jeune homme atteint d’alcoolisme et de psychose qui s’est pendu récemment. La famille Götzen possédait un château, la vie y était magnifique, la roseraie était la plus belle de Silésie Mais ils ont fuit en 1944 avant l’arrivée des soviétiques. A partir de 1990 les allemands, comme Peter et Erika reviennent dans les villages de leur enfance « dont il ne reste qu’un squelette ». Les personnages du passé s’invitent aussi dans le roman. Au moyen âge, Sainte Kümmernis a accueilli dans son corps de femme le visage du Christ avant d’être martyrisée par son père. Paschalis, le moine qui rêvait d’être une femme a écrit son histoire deux siècles plus tard, lors de la réforme.

Entre rêve et réalité

L’écrivaine polonaise Olga Tokarczuk a reçu en 2018 le prix Nobel de littérature. Le lecteur se laisse bercer par son écriture poétique, le roman est une ballade entre rêve et réalité, entre présent et passé. L’auteure décrit des impressions, des sensations sur le quotidien d’un village isolé. Elle a un sens aigu du détail. Les champignons, la rhubarbe, les dahlias, les poules de Marta : les titres de ces chapitres ramènent à une vie rurale toute simple, dans la nature. Le texte comprend même des recettes de cuisine. Mais la dimension onirique est aussi présente : la narratrice croit parfois rêver quand elle écoute les histoires de Marta. Une jeune femme Khristyna part rencontrer l’amoureux qu’elle ne connait pas mais qu’elle a vu en rêve. Franck Frost souffre de cauchemars à la veille de la deuxième guerre mondiale. Certains chapitres décrivent des rêves sur Internet. Olga Tokarczuk a aussi été psychologue et psychothérapeute, ce qui pourrait expliquer l’importance accordée à la signification des rêves mais aussi sa description saisissante de la pathologie de Marek Marek. La dimension historique est présente : longtemps allemande, la Silésie fut touchée par des transferts de population, les polonais remplaçant les allemands à la fin de la deuxième guerre mondiale. La dimension métaphysique et religieuse apparaît dans les visions de Kümmernis ou les interrogations de Paschalis.

Maison de jour, Maison de nuit.

Olga Tokarczuk a écrit un livre original, complexe, poétique. Elle explique : « Nous avons tous deux maisons. L’une concrète située dans l’espace et le temps, l’autre infinie sans adresse, sans possibilité d’être pérennisée par le plan d’un architecte ». Le lecteur voyagera entre ses deux pôles, entre la clarté et l’obscurité, le conscient et l’inconscient le rêve et la réalité quotidienne.

Olga Tokarczuk, Maison de jour, maison de nuit, traduit du polonais par Maryla Laurent, les éditions NOIR sur BLANC, 294 pages, 22,5 Euros, sortie le 02 09 2021.

visuel : couverture du livre

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