Fictions
Alexandre Najjar : Le Syndrome de Beyrouth

Alexandre Najjar : Le Syndrome de Beyrouth

01 septembre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Alexandre Najjar est un écrivain et romancier libanais francophone. Le Syndrome de Beyrouth offre au lecteur un éclairage instructif sur l’histoire du Liban pendant ces vingt dernières années, à travers le point de vue d’Amira Mitri, journaliste à Beyrouth. Ce roman historique est aussi un très beau portrait de femme.

Vingt ans de reportages sur le terrain, au Liban

Le syndrome de Beyrouth. Amira Mitri ne supporte plus ce mélange de fatalisme et de tolérance au malheur, à la mainmise du Hezbollah sur le pays, à la corruption des hommes politiques. L’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 est « la catastrophe de trop ». Alors Amira « s’est sauvée » lorsque « la résilience, notre meilleur ennemi, devient résignation voire servitude volontaire ».Réfugiée dans un hôtel à Saint Malo, elle y écrit son histoire.
Amira commence par son expérience de combattante, à 18 ans, pendant la guerre civile « qui a détruit sa jeunesse ». Après un exil en France de plus de vingt ans elle revient au Liban en 2000, dans un Beyrouth en pleine reconstruction mais toujours sous le joug Syrien. Elle devient reporter dans un prestigieux journal libanais « An Nahar ».Elle se rend au Sud Liban récemment libéré de l’occupation israélienne. Elle couvre les manifestations estudiantines contre le pourvoir syrien, leur répression puis l’assassinat de Rafic Harriri. Malgré l’espoir porté par la révolution du Cèdre en 2005, le pays reste profondément divisé. Elle parcourt le Liban pendant vingt ans ave son complice, le photographe Thierry, malgré les dangers encourus dans les zones de conflit et les assassinats de journalistes. La révolution du 17 octobre 2019 arrive trop tard, dans un pays usé par la crise économique et financière. Jusqu’à la terrible explosion le 4 aout 2020 dans le port de Beyrouth. 2020 sera malheureusement « l’année terrible » pour le Liban.

Un cri de colère devant le désastre libanais

Le Syndrome de Beyrouth reste un roman. Amira Mitri est sympathique, aventureuse, volontaire. Elle force l’admiration mais reste très humaine, évoquant ses doutes, ses déboires amoureux, ses relations familiales. Mais la vie de l’héroïne se confond avec celle de « sa ville, Beyrouth ». Son récit est certes subjectif mais l’histoire récente du Liban constitue bien le cœur du livre. L’histoire est enrichie par la fiction, elle est rendue plus vivante, plus accessible. Devant les événements tragiques qui ont secoué son pays, Amira décrit ses émotions, ne se contentant pas de son analyse de journaliste. Le récit devient saisissant, le lecteur s’imprègne de la violence permanente, de la récurrence des guerres et des attentats. Le travail journalistique est mis en valeur et le livre est un plaidoyer pour la liberté de la presse. « Le stylo levé » est un doigt d’honneur des journalistes à leurs assassins, un symbole de courage et de résistance.
Pour Amira « Vivre au Liban c’est être debout sur la paume d’un diable ». Le livre d’Alexandre Najjar est un cri de colère face au désastre libanais, une colère légitime un an après la tragédie du port de Beyrouth.

Alexandre Najjar, Le syndrome de Beyrouth, Plon, 320 pages, 18 euros, sortie le 2 septembre.
visuel : couverture du livre

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