Cinema
Anatomie de Marlon Brando, avec Florence Colombani

Anatomie de Marlon Brando, avec Florence Colombani

15 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

Juste avant Cannes, les éditions des Cahiers du Cinéma lancent une nouvelle série : Anatomie d’un acteur. Marlon Brando. Après avoir travaillé sur Woody Allen, Elia Kazan, Joseph L. Mankiewicz et Roman Polanski, Florence Colombani était aux manettes du « pilote » de cette nouvelle collection. A travers dix titres phares, ce premier volume d’« Anatomie d’un acteur » analyse le jeu d’un monstre-sacré : Marlon Brando et interroge le rôle de l’acteur comme auteur de ses films. Retour sur un morceau d’anthologie d’Histoire du cinéma avec une auteure passionnée et très genéreuse d’anecdotes marquantes sur l’histoire du 7ème art.

Une des grandes richesses du livre sont les photos, pour certaines inédites. Y avez-vous travaillé ? Les avez-vous choisies ?
C’est une iconographe qui a trouvé les photos ; j’ai donné mon avis et ai travaillé avec elle. Il y a beaucoup de photos des fonds des Cahiers du Cinéma, des photos de tournages, de plateau. Et beaucoup de trouvailles ! Notamment le chapitre sur Désiré quand on voit Marlon Brando sur le Plateau, avec Marilyn…

Y’en a-t-il une qui résume l’acteur Brando ? Ou simplement que vous préférez ?
Brando a peut-être trop mille visages pour qu’une seule photo soit caractéristique. Souvent sur ses photos on voit le personnage et non pas Brando. Mais il y en a une que je trouve très belle qui vient du tournage de « Reflet dans un œil d’or »(1967). Il tient Elizabeth Taylor qui a les yeux fermés, un peu comme en croix. Il a un visage très grave, un peu comme une figure tragique. Et c’est un film auquel je suis très attachée car le personnage va à l’opposé de l’image de virilité agressive qu’on a de lui au début de sa carrière.

Vous avez décidé de vous arrêter à l’orée des années 1980 pour le choix des dix films de Brando, pourquoi ?
Après « Apocalypse now » (1979), il n’y a vraiment plus rien. On peut chercher on ne trouvera. Brando a tourné beaucoup de navets ce qui peut être intéressant. Pourquoi ne pas analyser l’interprétation d’un grand acteur dans un navet ? Mais en fait Brando dans un navet se met sur pilote automatique. Il est absent de ses films. Ce n’est pas très intéressant.

Après « Un tramway nommé désir » a-t-il refait du théâtre ?
Non après l’immense succès du tramway, Brando n’a jamais refait du théâtre. Ce qui est très dommage, les gens qui l’ont vu au théâtre dans les années 1940. Comme souvent, le cinéma rattrape les acteurs et quelque part il y a une facilité du cinéma, parce que c’est moins contraignant et qu’on gagne plus d’argent.

On ne joue plus après Brando comme avant lui ?
Si on accepte le parti pris de la collection qui est vraiment d’aborder les acteurs comme des auteurs, il faut trouver des acteurs à la hauteur de ce parti pris et Brando l’est clairement. Comme tout grand artiste il a vraiment changé le paysage après lui. Aujourd’hui encore, on voit un héritage à travers certains acteurs d’aujourd’hui qui cherchent à retrouver ce mélange de composition intellectuelle psychologique et d’animalité physique qui sont vraiment sa caractéristique. Et puis Brando, c’est aussi un demi siècle de célébrité et à travers les rôles qu’il joue, cinquante ans de vie culturelle et intellectuelle américaine. C’est un véritable morceau d’Histoire.

Quelle était la « Méthode » Brando ? Et quel a été son lien à l’Actors’ Studio ?
On commet souvent l’erreur d’associer Brando à l’Actor’s Studio en croyant qu’il est le produit de l’Actor’s studio et en fait c’est plus compliqué que cela, car Brando est devenu célèbre l’année où a été fondé l’Actor’s studio. En revanche, il est l’étudiant de plusieurs metteurs en scène et professeurs qui ont fondé ce studio. Et en fait son type d’interprétation va être érigé en idéal par l’Actor’s Studio.

Et à un moment vous racontez qu’il décide d’arrêter d’apprendre son texte … Pourquoi ?
Ce qui est très important chez Brando c’est qu’il vous donne l’impression qu’il est en train de vivre le moment et pas de rejouer des mots qui ont été écrits pour lui. C’est cette impression d’immédiateté et de spontanéité qui sont électrisants pour le public. On voit quelqu’un qui a l’air d’inventer son texte au fur et à mesure. Brando a utilisé cette spontanéité qui a été la sienne en en faisant son image de marque. Et à un moment il va jusqu’au bout de la logique et n’apprend plus le texte : il le découvre donc véritablement quand il le dit. C’est particulièrement vrai pour le tournage du « Parrain » ou Coppola est obligé de cacher partout dans le décor des fiches où il a écrit les répliques de Brando. On peut en sourire et si l’on était l’un de ses collaborateurs de l’époque on pourrait même s’en agacer. Mais le résultat est là : en effet, on est toujours surpris par ce que Brando fait ou dit à l’écran. Ça marche.

Avez-vous écrit différemment sur la « Vengeance aux deux visages » qui est un film avec Marlon Brando mais également réalisé par l’acteur ?
Il a réalisé un seul film, « La vengeance aux deux visages » (1961), qui est vraiment un grand film. Et dans la démarche du livre qui est d’analyser la contribution artistique d’un acteur, c’est un cas passionnant que de voir un acteur se mettre lui-même en scène. Il y a dans ce film du Brando par Brando, qu’est- ce -que ce Brando le réalisateur va chercher chez Brando l’acteur. Ce qui est très frappant c’est la manière dont Brando ne se met pas en scène comme un héros mais comme un personnage lâche, méprisable et qui doit être puni de tous ces défauts. Il y a même une scène où Brando se fait souhaiter dans ce film. C’est un film extrêmement masochiste, ce qui est une des grandes caractéristiques de la personnalité de Brando à l’écran, où on le voit souvent humilié et même la beauté physique se détruire.

Il n’y a jamais eu vraiment de traversée du désert pour Brando?
Il y a de longues périodes où il y a des films moins intéressants. Notamment à la fin des années 1960 où il tourne moins. Mais il sait revenir sur le devant de la scène avec deux rôles aussi marquants et différents que « le Parrain » et « le Dernie »r Tango il n’a jamais perdu en célébrité. Brando reste une star absolue toute sa vie.

Comment ménageait-il sa vie privée des flashs des paparazzi ?
C’était un homme très secret, qui n’aimait pas être cerné. Il avait très peur qu’on le comprenne. Il aimait cultiver son mystère, il n’avait pas du tout envie d’entrer dans des confidences. Il a très largement fui la presse. Il accordait très peu d’interview au regard de sa célébrité et quand il en accordait il ne disait pas grand-chose. La grande exception, c’est Truman Capote. Qui est envoyé par le « New Yorker » sur le tournage du film « Sayonara » (1957) au Japon. C’est ce genre de portrait à l’américaine où le journaliste et son sujet passent deux jours ensemble et Marlon Brando se laisse vraiment aller. Il parle des vraies blessures : de l’alcoolisme de sa mère, de la violence de son père. Et l’acteur vit ça très mal quand le portrait qui s’appelle « Le duc dans son domaine » est publié, il a l’impression d’être allé trop loin et se referme d’autant plus. Jusqu’à la fin de sa vie où le meurtre commis par son fils Christian, qui tue le petit ami de sa sœur Cheyenne et le suicide de cette dernière crée une nouvelle véritable tension médiatique où les tabloïds le pourchassent.

Allez-vous continuer à écrire sur des comédiens ? Si oui, quel serait le prochain ?
Oui, j’aimerais beaucoup continuer à écrire dans la collection « Anatomie d’un acteur ». J’aimerais beaucoup travailler sur un acteur contemporain, qui’est encore en train de jouer. Comme Di Caprio. Au stade où il en est dans sa carrière à la fois, il a une grande contribution à l’histoire du cinéma, un jeu très caractéristique qui permet d’être analysé et en en même temps, il n’a même pas 40 ans et il reste le mystère sur la suite de sa carrière.

Qu’apprend-on quand on se penche sur le rôle de l’acteur, non pas comme « muse » mais comme  auteur de sa filmographie ?
En France on est souvent dans une démarche où l’on considère le cinéaste comme seul maître à bord. Alors qu’à bord d’un film d’autres contributions méritent d’être étudiées et notamment celle de l’acteur. La science du jeu reste assez mystérieuse, qu’est-ce qui fait qu’on dise qu’un jeu d’acteur a été bon ? Le pari du livre était de mettre le doigt sur ce que veut dire bien jouer et pourquoi Brando est un si grand acteur.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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