Cinema

Amour d’Haneke ouvre le 40ème festival international du film de La Rochelle

01 juillet 2012 | PAR Margot Boutges

Le 40e Festival International du Film de La Rochelle (FIFLR) s’est ouvert vendredi 29 juin, avec la projection du film qui a raflé la Palme d’Or 2012 : Amour de Michael Haneke.

Le FIFLR (voir notre annonce) passe le cap de la quarantaine. Pour cette soirée d’ouverture, Maxime Bono, maire de La Rochelle et soutien de Ségolène Royal dans sa guerre fratricide des législatives, a laissé sa rancœur vis-à-vis des rochelais au placard. Il est venu dire tout le bien qu’il pense de cette manifestation qui présente 250 métrages de toutes époques et de tout horizon mais ne décerne aucune récompense.

Toute l’équipe du festival est venue le rejoindre sur la scène de la grande salle du théâtre de la Coursive. Comme à l’accoutumée, le pianiste Jaques Cambra, qui rythmera cette année de ses notes les films muets de Raoul Walsh et Benjamin Christensen, a été le plus acclamé. La cinéaste Agnès Varda, que le festival avait déjà célébrée en 1998, s’est pointée avec une grande besace contenant tous ses films des quatorze dernières années. A ses côtés : son fils, l’acteur Mathieu Demy, qu’elle a si souvent dirigé et qui est passé l’année dernière du côté de la réalisation avec Americano, dans lequel il retrace son enfance. L’actrice Anouk Aimée, la Lola du père du précédent est arrivée toute de noir vêtue. Elle est cette année à l’honneur à travers dix-sept de ses films. On a cherché des yeux l’habituelle chemise violette de Michel Piccoli, grand habitué du festival. « Il viendra plus tard », souffle-t-on. On espère.

On retiendra la consigne de Michel Ciment, critique de la revue Positif dont le FIFLR fête le soixantième anniversaire : « Allez voir cinq films (et légumes ?) par jour. » C’est là le rythme de croisière de pas mal de festivaliers. Ceux-ci sont venus en masse ce soir là, ne laissant pas même un strapontin libre dans la salle de 1000 places. Il faut dire qu’on projetait Amour, seconde Palme d’Or pour Michael Haneke. L’actrice principale, Emmanuelle Riva, a répondu présente, « ravie » qu’Amour soit montré pour la première fois au public à La Rochelle. Et Cannes alors ? « Le vrai public est ici », a-t-elle assuré.

Amour n’a pas été du goût de notre envoyée spéciale sur la Croisette, (voir sa critique). Notre profonde admiration pour le film nous incite à lâcher un second son de cloche :

Prologue. Des pompiers forcent la porte d’un appartement. A l’intérieur d’une pièce condamnée, ils découvrent une vieille dame allongée sur un lit. La mort jette son ombre sur son front apaisé. Autour d’elle ont été disposées des fleurs avec amour. Tout est dit.

« Mourir, ce n’est pas facile », déclarait un ex président de la République en 2010. A cette observation pétrie de bon sens, on préfère la belle et noble sentence : « C’est beau, une vie, si longtemps », soufflée par une Emmanuelle Riva feuilletant de ses mains ridées son album de souvenirs.

Depuis Resnais, l’actrice qui n’avait soi-disant rien vu à Hiroshima a vu cinquante ans s’écouler. Chez Haneke, son amour porte le visage de Jean-Louis Trintignant. Anne et Georges sont deux octogénaires qui filent leurs derniers beaux jours dans un grand appartement empli de livres et de musique. Parfois, ils se promènent dans  Paris. La caméra les accompagne au concert d’un pianiste célèbre à qui Anne a enseigné ses premières gammes. Cette percée vers le dehors sera la dernière. Ils rentrent chez eux, ravis du spectacle. Au petit matin, entre la tasse de thé et les discussions quotidiennes, Anne fait une attaque. Celle-ci semble fugitive mais la laisse à moitié paralysée. Peu à peu, la vieille dame va décliner.

Aides à domicile, visiteurs, famille défilent entre les quatre murs de l’appartement. La fille du couple (Isabelle Huppert, forcément), toujours un pied vers l’extérieur, aimerait que sa mère soit confiée à une institution spécialisée. Georges préfère prendre soin de sa femme dans la chambre nuptiale. Par pudeur, il la soustrait peu à peu aux regards. Par dignité aussi. Les vieillards se cachent pour mourir. Là est leur dernier espace de liberté. Seule reste la caméra et un pigeon qui passe parfois la fenêtre.

Voyeurisme alors ? Jamais. Les scènes illustrant sans concession la déliquescence des corps ne sont pas épargnées mais toutes les images apportées par les longs plans fixes d’Haneke capturent des souvenirs. Le huis-clos est intense mais jamais carcéral. Georges raconte des histoires à sa femme, la pousse à la chansonnette, la guide sur le chemin du passé, même quand elle ne peut presque plus agiter les lèvres. Quand le vieil homme est à bout de force, les tableaux accrochés aux murs prennent le relais singeant une percée sur l’extérieur. A l’heure qui précède la mort, les paysages intérieurs ne sont plus ceux du vaste monde mais ceux de l‘intimité. L’univers tient tout entier dans une maison et le dehors dans la paume d’une main qui agite un rideau. Restent les photos éparses, les petits récits de l’enfance, les mots tendres. Ceux là survivent même quand advient l’irréparable.

Amour est une œuvre terriblement émouvante servie par deux comédiens bouleversants, à mille milles de l’admirable froideur du Ruban blanc. Que reste-t-il à l’aube de la fin ? questionne Haneke. La réponse réside dans le titre de son film.

Les lumières tombent. Le générique défile dans un silence de mort. Lors de la séance d’ouverture de la précédente édition du festival de La Rochelle qui projetait Habemus Papam de Nanni Moretti, on avait été marqués par la résonance parfaite entre les applaudissements fusant sur la place Saint-Pierre qui étaient venus clore le film et ceux qui avaient jailli pour saluer Michel Piccoli dans la salle (voir notre article). Au final extrêmement silencieux d’Amour est venu répondre le silence respectueux des mille spectateurs de la salle. Emmanuelle Riva arrive sur la scène, ressuscitée. Standing Ovation, forcément.

Le jury du festival de Cannes a décerné la plus haute récompense au film d’Haneke. Que le vrai public y soit ou pas, on aura rarement été autant de son côté.

Amour de Michael Haneke, avec Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, 2012, 2h07, sortie en salles le 24 octobre 2012

Festival International du Film de La Rochelle du 29 juin au 8 juillet

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Sylvia/Emmanuelle entre la vie et la mort
Margot Boutges

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