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« Robert sans Robert » ou les Mille et une nuits de l’Estaque

« Robert sans Robert » ou les Mille et une nuits de l’Estaque

03 octobre 2013 | PAR Xavier V. Rinaldi

Marseille vaut bien un film. Voire une vie cinématographique. C’est celle que nous raconte Robert Sasia, chef-monteur de Robert Guédiguian, dans « Robert sans Robert », une heure et demie de montage-hommage et véritable stèle à un réalisateur français toujours vivant.

Drôle d’épopée que cette aventure marseillaise qui commence par un coup de fil place de la Bastille, à Paris. Robert Guédiguian, réalisateur, appelle Bernard Sasia pour lui demander s’il connait un homme de cinéma qui serait capable de réaliser un film sur son oeuvre, destiné à être projeté dans le cadre de Marseille 2013. Sasia, son chef monteur (17 films ensemble en 30 ans), lui répond sans douter : « moi ». Long silence du monument arméno-provençal. Et un « oui » sec et dubitatif. Cela donne « Robert sans Robert », où vous apprendrez tout sur Robert sans en avoir l’air.

Remettons d’abord les choses dans l’ordre. Je suis rentré dans ce film qui raconte l’oeuvre de Guédiguian à travers le regard et la voix de son monteur sans avoir jamais vu un seul de ses films. Même pas « Marius et Jeannette ». Mais, pour les ignorants ou les mécréants (le réalisateur marseillais fait, pour certains, l’objet d’un culte avec encens et ex-voto), « Robert sans Robert » ouvre des portes et émeut. Pour les exégètes et fanatiques, c’est un film qui rassure.

Il trace ou retrace des histoires d’amour et de luttes des classes par un véritable exercice de style. Comme le réalisateur le dit lui-même, il s’agit de « démonter ce que j’ai monté pour le remonter ». Et on plonge dans cette épopée cinestaquographique comme un bienheureux plongerait dans la Méditerranée.

La forme de ce documentaire (car c’en est un) surprend. Uniquement des bouts de films de Guédiguian, un kaléidoscope de fictions où l’oeil peut se perdre pour finalement se raccrocher à la petite flèche de la souris du chef-monteur, qui montre et souligne la beauté des images, le mouvement d’une chevelure, le sourire d’un figurant qui donne tout son sens à un plan.

Un kaléidoscope en forme de double-jeu : d’abord le chapeau-de-paille-paillasson-somnambule d’un chef monteur (toujours guidé par sa voix en off) qui prend un malin plaisir à récupérer des images et à les recoller ; ensuite un tricotage de « et si ». Et si Meylan n’était pas mort dans Dernier Eté, il aurait pu devenir le gangster de Lady Jane, et devenir l’amour de Marie-Jo (et ses 2 amours). Il y a une sorte de jubilation à voir et entendre le monteur rejouer son petit cinéma à lui. Et un plaisir réel à vivre les mille et une nuits de la tribu de l’Estaque.

Revoir ici Michel Bouquet/Mitterrand peinant à sortir de sa baignoire, Marie-Jo/Ascaride flottant entre ses deux amours, Marius tombant amoureux, et surtout Guédiguian super-star en costume, en bleu de chauffe, en débardeur tâché, râlant ou riant. « Tout sur Robert », c’est un Robert vivant, tout simplement – pour le cinéma et pour Marseille.

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Xavier V. Rinaldi

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