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[Live-Report] William Friendkin est venu présenter la réédition du « Convoi de la peur » au Club 13

[Live-Report] William Friendkin est venu présenter la réédition du « Convoi de la peur » au Club 13

12 juin 2015 | PAR Yaël Hirsch

Projet colossal, Le Convoi de la peur (The Sorcerer en VO) est un remake par William Friedkin du chef-d’oeuvre de Henri-Georges Clouzot, Le salaire de la peur (1953). Le film explosé tous les budgets et été descendupar la critique à sa sortie, en 1977. Le 15 juillet prochain, la copie restaurée de ce thriller épatant va permettre aux Français de rendre justice au talent du réalisateur de l’Exorciste pour réinventer nos classiques. Ce jeudi 11 juin, William Friedkin était à Paris et en pleine forme pour répondre aux questions des journalistes sortant de projection au mythique Club 13. 

Aux quatre coins du monde, quatre hommes ont des déboires avec la mafia locale et n’ont d’autre choix que de partir très vite pour se faire oublier… C’est sous un nom d’emprunt latino et invraisemblable que ces 4 types en cavales se retrouvent au cœur de la jungle d’Amérique-Latine à faire des travaux manuels épuisants pour gagner de quoi boire une bière le soir. Le sabotage d’un puits de pétrole sous contrôle américain ouvre une opportunité inespérée : celle d’avoir des papiers et de très gros émoluments pour amener en camion et sur 300 km de la nitroglycérine vers le puits, pour qu’elle puisse arrêter le feu du puits de pétrole. L’aventure est évidemment risquée mais le jeu en vaut la chandelle.

Posant l’atmosphère avec application, William Friedkin incorpore la nature venimeuse et dangereuse à ses images pour proposer un thriller à la fois époustouflant et métaphysique. Avec un scénario sûr (le livre de Georges Arnaud a fait ses preuves), un casting de rêve (Bruno Cremer, Roy Scheider, Francisco Rabal, Amidou), Le Convoi de la peur joue avec les nerfs et les yeux. Intemporel, puissant et très riche, le film a laissé le public sans souffle et il a fallu un temps pour sauter des profondeurs des grands fauteuils en cuirs du club 13 sur nos pieds pour une standing ovation à un William Friedkin toujours aussi franc, énergique et direct.

Pendant plus d’1h30, le cinéaste s’est prêté au jeu des question et réponses, répondant de fait très peu aux questions, pour voler la casquette d’un spectateur peu loquace et la mettre aux enchères et en profiter pour donner une leçon de cinéma. Côté direction d’acteur, Friedkin sait ce qu’il préfère: qu’on répète les gestes qu’il commande sans lui faire perdre de temps. Malheur au pauvre Benicio Del Toro qui lui demandais des éclairages psychologiques sur son personnage dans Traqué (2003) et que Friedkin a mimé avec délices. Côté réalisation, Friedkin a comparé son art à du tricot : on travaille plan par plan au cinéma, même dans des courses-poursuites de voitures les plus haletantes. L’important, c’est que le réalisateur soir démiurge et ait la vision totale du film en tête. Friedkin a fini cet entretien plein d’humour avec des conseils côté aspirations et production : il a commencé le cinéma pour défendre un condamné à mort, mais à découvert à Hollywood que ce qui comptait ce n’était pas sauver des vies avec des films mais gagner de l’argent… On n’a pas eu le temps de poser au maître des questions sur ces projets futurs, mais on les attends avec impatience après cette petite piqûre de rappel du génie de Friedkin qu’est le très maîtrisé Convoi de la peur

Le Convoi de la peur (The Sorcerer), de William Friedkin, avec Bruno Cremer, Roy Scheider, Francisco Rabal, Amidou, USA, 1977. Réédition et sortie française le 15 juillet 2015.

(c) 2015 La Rabbia

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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