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« Les Grands Voisins. La cité rêvée », de Bastien Simon

« Les Grands Voisins. La cité rêvée », de Bastien Simon

31 mars 2020 | PAR Julia Wahl

Le film de Bastien Simon revient sur l’expérience des Grands voisins, village coopératif qui a vu le jour en 2013 dans les anciens locaux de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans un film qui sort en e-cinéma. Ouvert à la manière d’un laboratoire des possibles sociaux et environnementaux, Ce village fait désormais partie du paysage parisien et héberge à la fois des artistes, des sans-domicile et des réfugiés.

Le choix de Bastien Simon est de suivre la chronologie des événements de façon linéaire, de l’installation à l’annonce du départ, tout en donnant la parole à un grand nombre des acteurs de cette expérience originale qu’est le quartier des Grands Voisins. En revenant sur le rôle de chacune des associations parties prenantes du projet – Aurore, Yes we camp et Plateau urbain –, il rend compte également de la diversité de ses enjeux.

Aussi suit-on une myriade de personnages, d’Adrien, musicien résident, à Mael, peintre sans papier au langage imagé et poétique, qui annonce à un responsable politique en visite aux Grands Voisins qu’il va « passer du coq au chameau » pour aborder le « déni de citoyenneté française » dont il fait l’objet.

L’un des apports, non négligeables, du film, est donc de faire état de l’ancrage des Grands Voisins dans une société plus large, qui les dépasse mais qu’ils cherchent à faire leur. Ainsi en est-il des manifestations qui ponctuent la vie du quatorzième arrondissement, mais aussi de la venue de responsables politiques comme Anne Hidalgo et François Hollande, puis Nicolas Hulot et Édouard Philippe, avec les craintes de récupération afférentes. Nous y percevons également les difficultés à intégrer les 400 résidents aux AG ; bien qu’elles soient évidemment ouvertes à toutes et tous, ce sont toujours les mêmes qui s’y rendent, le gros des habitants ayant, on le devine, déjà un quotidien auquel faire face. Pourtant, les décisions qui s’y prennent sont de taille : doit-on partir à la date annoncée ou continuer à occuper les lieux ? Si l’on part, comment reloger les personnes sans toit accueillies ici, quand les hébergements d’urgence sont de plus en plus nombreux à fermer, faute de moyens ?

On peut alors regretter la brièveté du film, qui ne permet ni de rencontrer ces hébergés qui désertent ces AG où l’on décide, pour partie, de leur sort, ni de suivre Adrien ou Mael assez longuement pour véritablement les connaitre. Un survol des Grands Voisins essentiel, mais trop rapide.

En salles le 1er avril.

Visuel : affiche du film

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Bastien Simon, réalisateur du film « Les Grands Voisins » : « Je voulais un film choral avec l’idée même des Grands Voisins de rassembler les publics, les nationalités et les parcours. »
Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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