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« L’Atalante » ressort restaurée, l’esprit familier de la péniche en liberté

« L’Atalante » ressort restaurée, l’esprit familier de la péniche en liberté

18 octobre 2021 | PAR Olivia Leboyer

Malavida, avec l’initiative M.IE.L. ressort de grands films oubliés ou méconnus. Ne les manquez pas. Film culte, censuré à sa sortie en 1934, L’Atalante surprend et fascine, toujours aussi frais et moderne. Avec un superbe Michel Simon en liberté.

L’Atalante se prête à tous les fantasmes, à toutes les visions. Le lieu, la péniche, offre des angles de vue étonnants, dans les cabines exiguës ou sur le toit, lorsque les personnages semblent ramper vers le spectateur et sortir de l’écran. L’histoire, d’amour et d’ancrage, émeut par sa simplicité (furtivement. La jeune Juliette (Dita Parlo, actrice allemande, au charmant accent) vient d’épouser Paul (Jean Dasté, au regard intense), marinier. Leur quotidien va désormais se dérouler dans l’espace clos, tout petit, d’une péniche, qui compte aussi à son bord un second, un matelot et un mousse. L’intimité est réduite. La jeune épousée ressemble d’abord à une noyée, inquiète et exsangue. Bien vite, les caresses de Paul la raniment et lui rendent sa joie de vivre mutine. Quand on plonge la tête dans l’eau, on voit son amour, dit une légende. Un être qui sort de l’eau, c’est déjà du désir, écrit Gaston Bachelard. On aperçoit furtivement Jacques Prévert grand amateur, lui aussi, d’eau et de noyés. Ces visions fulgurantes, Juliette, puis Paul, les verront, et nous aussi.

Le second, c’est le Père Jules, aussi singulier et libre que Michel Simon dans la vie. Replié, des chantons plein de cou, accordéon et regard par en-dessous, ou bien en majesté, tonitruant, profitant d’une décharge pour filer chez des voyantes et des prostituées, il grimace, danse, chante, grogne. Des tatouages de femmes nues, il en a tout le long du dos, pour lui tenir chaud. Aucun cabotinage, chez cet animal étrange, au beau regard doux.

Alors, quand Juliette s’échappe vers les lumières de Paris, loin de la péniche et de Jean, il faudra tout l’esprit et les enchantements du fleuve pour la rattraper. Les bricolages et inventions du Père Jules charment et apprivoisent.

Un grand film, tout simple, en liberté.

L’Atalante de Jean Vigo, France, 1h28, 1934, avec Dita Parlo, Jean Dasté, Michel Simon, Louis Lefebvre, Raphaël Diligent. Version restaurée. Malavida. Sortie cinéma le 29 septembre.

visuels: photo officielle du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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