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[Critique] »Amours cannibales », beau film d’amours mortes

[Critique] »Amours cannibales », beau film d’amours mortes

12 décembre 2014 | PAR Olivia Leboyer

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Primé au Festival Cinespana de Toulouse et 8 fois nommé pour les Goya espagnols, Amours cannibales installe un malaise frappant, saisissant, bien triste. Quelques scènes vous resteront logntemps en mémoire. A découvrir dès le 17 décembre 2014.

[rating=4]

Carlos (Antonio de la Torre), tailleur renommé, est élégant, méticuleux et bel homme. Plutôt taciturne, mais tout à fait séduisant. Sa voisine du haut, Alexandra (Olimpia Melinte), masseuse, ne s’y trompe pas, cherchant de menus prétextes pour frapper à sa porte. Seulement, derrière ces apparences attirantes, l’homme est un prédateur. Tout comme Guillaume Canet dans le récent La prochaine fois, je viserai le cœur de Cédric Anger, Carlos est un tueur et, en tant que tel, il tue.

Pas d’explications psychologiques ou de flash-backs lourdauds ici, juste une sorte d’épure : le parcours, triste et consciencieux, de cet homme solitaire et fou, qui tue pour manger ses victimes. Dans des séquences assez hallucinantes, très quotidiennes, nous voyons Carlos caresser sa viande de femme, l’huiler, avant de la faire cuire à la poële pour la déguster très calmement, avec un bon verre de vin. Petit rituel, presque religieux. L’homme aime les belles matières, les belles découpes, pour les vêtements comme dans la chair. Cette volupté lui convient. Quant à l’amour, évidemment, il ne connaît pas. Jusqu’au jour où une jeune femme égarée sonne à sa porte : elle cherche sa sœur jumelle, disparue du jour au lendemain. Portrait craché de l’aguicheuse Alexandra, Nina est la même, en plus discrète. Le thème du double évoque directement le Vertigo d’Hitchcock et l’on pourrait craindre un trop-plein de symboles : mais tout reste fluide et émouvant. Nina a toujours vécu dans l’ombre de sa sœur, plus éclatante. Carlos, lui, a toujours vécu à l’écart des autres, comme derrière une vitre. Deux cœurs en hiver, qui semblaient faits pour se rencontrer. Antonio de la Torre habite avec intensité ce personnage évidé, presque mort, qui s’éveille pour la première fois à un sentiment pour autrui.

Un film mélancolique et frappant, entre d’étranges clair-obscurs et la lumière crue de la neige. Une scène sur la plage, en particulier, rend Amours cannibales inoubliable.

Amours cannibales, de Manuel Martin Cuenca, 1h56 Espagne/Roumanie/France, avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte, Maria Alfonsa Rosso, Florin Fildan, Manolo Solo. Sortie le 17 décembre 2014.

visuels: affiche, photos et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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