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Maria-Dolores Pradera, la voix mythique de la chanson hispanique s’est éteinte

Maria-Dolores Pradera, la voix mythique de la chanson hispanique s’est éteinte

04 juin 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Elle était la plus belle, et parmi les plus nobles figures de la chanson hispanique. En son temps, Maria-Dolores Pradera avait été décorée en Espagne pour avoir contribué au rapprochement des peuples hispanophones grâce aux magnifiques chansons provenant de multiples pays d’Amérique latine qu’elle interprétait dans les deux Mondes avec un talent, un style et une intelligence inégalés. Le visage toujours aussi beau, les yeux toujours aussi éloquents, elle vient de s’éteindre dans sa ville natale, Madrid, à l’âge de 93 ans.

C’est sans doute parce qu’elle était également comédienne que Maria-Dolores Pradera , dotée d’une diction parfaite, sut utiliser sa voix somptueuse et grave de façon aussi exceptionnelle, aussi bouleversante, aussi poétique et spirituelle. Elle était l’archétype même de l’artiste noble et passionnée. Une aristocrate de la chanson, comme il n’en est sans doute pas d’exemple en France, et qui sut en tous temps faire les choix les plus beaux dans un répertoire qui restera éternellement liée à sa haute personnalité. Des oeuvres qu’elle interpréta avec cette distance altière, cet esprit, cette ferveur, cette tendresse aussi qui sont l’apanage des grandes artistes.

Atahualpa Yupanqui, Chabuca Grande…

Une mère française, mais du Pays Basque, un père originaire des Asturies, une jeunesse passée à Madrid durant la Guerre civile, mais aussi au Chili avec ses parents et ses frères et sœurs, des années encore vécues au Mexique, ont d’emblée ouvert à Maria-Dolores Pradera des horizons plus larges que ceux de la seule Espagne. C’est en Amérique latine qu’elle puisera une grande partie de son répertoire contribuant ainsi à la reconnaissance internationale d’auteurs comme l’Argentin Atahualpa Yupanqui, la Péruvienne Chabuca Granda, la Chilienne Violeta Para, le Mexicain José Alfredo Jimenez, l’Uruguayen Alfredo Zitarrosa, le Cubain Miguel Matamoras…
Elle élèvera leurs chants au rang d’œuvres classiques de même que celle de grands auteurs espagnols comme Joaquin Sabina ou Carlos Cano. Et elle prêtera son talent à toutes sortes de styles de chants comme les boleros, coplas, fados, rancheras, baladas, tangos, valsecitos, sones, cumplas. Des œuvres qu’elle aborde avec autant de science que d’ingénuité, autant de sincérité que de perfection technique.

Comédienne, actrice,

Sa carrière aura été particulièrement longue et prolifique. Maria Dolores Pradera débuta en 1943 comme actrice de cinéma, mais aussi comédienne au théâtre, jouant dans des films de Manuel Augusto Garcia Vinolas, de Juan de Orduna, de Carlos Perez de Orma, de Gonzalo Delgras, de Lorenzo Llobet Gracia. C’est dans ce monde du cinéma qu’elle rencontrera celui avec qui elle se maria et vécut de 1945 à 1957 et dont elle ne divorcera que dans les années 1980, l’acteur Fernando Fernan y Gomez avec qui elle aura un fils, Fernando, et une fille, Helena. Au théâtre, elle servira aussi bien Federico Garcia Llorca, Miguel de Unamuno, José Zorilla, Enrique Jardiel Poncela qu’Edmond Rostand, Jean Giroudoux, Eugène Ionesco, Anton Tchekhov ou George Bernard Shaw, jouant en Espagne et au Mexique évidemment, mais encore en Argentine, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis

Cette élégance suprême

Sa carrière de chanteuse qui la mena de tous les pays hispanophones jusqu’au Royal Albert Hall à Londres, ou au Madison Square de New York, elle ne l’entama qu’à l’aube des années 1960. Mais elle se produisait encore en tournée en 2012, puis en novembre de la même année paraissait au cours d’un concert exceptionnel auquel participèrent les plus connus des chanteurs hispaniques accourus afin de lui rendre un vibrant hommage. On la vit une dernière fois monter sur scène avec le chanteur flamenco Miguel Angel Poveda y Leon en 2013, alors qu’elle était née, selon les sources, en 1924 ou 1926. Ainsi Maria Dolores Pradera aura survolé toutes les époques avec cette élégance suprême qui fit d’elle une artiste dont la dimension outrepassait les modes.

D’ « El Rosario de mi madre » à « Tu que puedes, vuelvete »

Parmi les innombrables chants ou chansons qu’elle aura interprété surgit tout d’abord « El Rosario de mi madre », créé avec un groupe de musiciens péruviens, « Los Troveros Criollos », et qu’elle fera connaître dans le monde entier dès 1961. Mais encore « Tu que puedes, vuelvete », « A lo largo del camino », « Amarraditos », « No me digas que no », « Almaneci en tus brazos », « La Flor de la canela », « Fina Estampa », « De Carne y hueso », « Toda una vida », « El tiempo que te quede libre », « Mi mejor tristeza », «Caballo de paso », « Que nadie sepa mi sufrir », « Negra Maria », « Limena », « Carino malo », « Fuego lento »… Tous emblèmes d’un répertoire que plus personne ne pourra ressusciter avec cette voix admirable, ces accents de noblesse, ce lyrisme retenu et cette élégance suprême qui fixent pour l’éternité Maria Dolores Pradera au cœur de la constellation des grandes poètesses du chant.

Raphaël de Gubernatis

Visuel :©María Dolores Pradera, 1996, photo de promotion

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Raphaël de Gubernatis

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