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[Critique] « Voyage en Chine» Yolande Moreau dans un film serein sur la renaissance d’une mère endeuillée

[Critique] « Voyage en Chine» Yolande Moreau dans un film serein sur la renaissance d’une mère endeuillée

28 mars 2015 | PAR Gilles Herail

Voyage en Chine de Zoltan Mayer fait partie de ces films discrets, n’évitant parfois pas quelques longueurs, mais captant de très jolis moments. Ce séjour dans la province du Sichuan d’une mère endeuillée venue enterrer son fils relève à la fois de l’expérience culturelle et du récit d’une renaissance. Un petit film modeste mais approchant une véritable forme de sérénité.  

[rating=3]

Synopsis officiel: Liliane part en Chine pour la première fois de sa vie afin de rapatrier le corps de son fils, mort dans un accident. Plongée dans cette culture si lointaine, ce voyage marqué par le deuil devient un véritable voyage initiatique.

Voyage en Chine rappelle dans son ambiance Où-va-la-nuit, le magnifique long-métrage de Martin Provost qui retrouvait Yolande Moreau après le succès surprise de Séraphine. L’enjeu de fond est similaire : le réveil d’une femme emmurée dans un univers triste et gris après un événement déclencheur qui lui permettra de renaître, dans l’adversité. Le traumatisme vient ici de la mort du fils, ayant fait sa vie à l’étranger, en Chine, maintenant un contact distant avec ses parents. Perdue dans les formalités administratives liées au rapatriement du corps, sa mère, Liliane, décide d’aller en Chine pour pouvoir l’enterrer. Et surtout pour engager le travail de deuil en partant sur ses traces pour découvrir les lieux, les personnes et les ambiances qui faisaient son quotidien. C’est sur ce fil très mince que Zoltan Mayer a construit son premier film, conçu comme un voyage initiatique vers l’acceptation du deuil et le retour à la vie d’une femme de cinquante ans. Le réalisateur ne cherche ni le pathos, ni le drame, ni la symbolique. Avec un script qui se focalise au contraire sur des tranches de vie toutes simples. La difficulté de communiquer, avec seulement des gestes et quelques mots d’anglais. L’absence de codes culturels et sociaux communs. Mais une forme de bienveillance et de politesse qui permettra à Liliane de se sentir naturellement accueillie.

En arrivant en Chine, le personnage interprété par Yolande Moreau découvre petit à petit qui était son fils et pourquoi il était tombé amoureux de cette étrange province, loin des gratte-ciels flamboyants de Shanghai. En cherchant le sensoriel et l’immersion, Voyage en Chine nous laisse parfois spectateur, comme le personnage principal, que l’on sent sur la réserve, un peu gauche. Mais les rencontres, les gestes du quotidien, les éléments de la culture taoïste s’imprègnent peu à peu. Et l’on s’attache à cette mère un peu perdue, recréant pas à pas le lien trop longtemps distendu avec son fils. Zoltan Mayer a pris le risque d’apparaître anodin en choisissant de gommer les éléments de dramatisation du récit. Mais la délicatesse brute et étrange de Yolande Moreau et les excellents seconds rôles chinois donnent au film toute sa singularité. Un petit moment faussement mineur qui laisse entrevoir des éléments profonds sur le deuil, la communication, la longue hibernation d’une femme. Mais aussi sur la Chine, qu’on prend plaisir à découvrir avec un autre regard après Le Dernier Loup de Jean-Jacques Annaud s’invitant dans les steppes de la Mongolie intérieure. Malgré quelques longueurs, ce Voyage en Chine  respire une véritable forme de sérénité. A voir.

Gilles Hérail

Voyage en Chine, un film de Zoltan Mayer avec Yolande Moreau, durée 1H36, sortie le 26/03/2015

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