A l'affiche
[Critique] « Titli une chronique indienne » : de Kanu Behl. Virée dans la réalité brutale de l’Inde contemporaine.

[Critique] « Titli une chronique indienne » : de Kanu Behl. Virée dans la réalité brutale de l’Inde contemporaine.

09 mai 2015 | PAR Gilles Herail

Titli, Une Chronique Indienne est un film marqué par une vraie dureté, qui se veut pourtant à sa manière porteur d’espoir. Kanu Behl décrit sans l’enjoliver la brutalité de tous les instants qui régit la société indienne, dans un thriller social où les personnage s défendent bec et ongle leur chance de s’en sortir. Où chacun joue sa carte pour éviter de sombrer. Éprouvant mais passionnant.

[rating=4]

Synopsis officiel: Dans la banlieue de Delhi, Titli, benjamin d’une fratrie de braqueurs de voitures, poursuit d’autres rêves que de participer aux magouilles familiales. Ses plans sont contrecarrés par ses frères, qui le marient contre son gré. Mais Titli va trouver en Neelu, sa jeune épouse, une alliée inattendue pour se libérer du poids familial…

Titli, une chronique indienne s’inscrit dans une nouvelle tendance de représentation de la société indienne contemporaine. Tournant le dos au fantasme exotique de couleurs et d’épices pour jeter un regard plus critique sur un pays fascinant mais marqué par une brutalité permanente. Dans les rapports sociaux, les inégalités de castes et les relations hommes/femmes (notamment la culture du viol et des mariages forcés). Kanu Behl commence son film sur une note faussement optimiste : l’espoir d’un jeune indien qui a tout préparé pour s’offrir une porte de sortie et quitter la maison familiale violente et oppressante. En s’achetant un parking qui lui permettra de se mettre à son compte et d’accéder à l’indépendance.

Le reste du film va s’attacher à montrer comment la dureté du contexte transforme les victimes en oppresseurs, comment chacun va jouer ses cartes, y compris les plus discutables, pour réussir à s’en sortir. Le réalisateur n’oppose pas des personnages positifs à des bourreaux et veut absolument s’éloigner d’une success-story où la seule volonté permettrait d’atteindre ses buts. Dans une logique clairement opposée à Slumdog Millionnaire. Le jeune héros, timide, d’apparence sympathique, va lui aussi se laisser entraîner dans une spirale de violence. Ne dit mot quand sa belle-sœur se fait battre par son frère. Brutalise lui même sa femme et essaie de la violer après leur mariage arrangé. Ce refus de céder aux conventions de bien et de mal est ambitieux et le spectateur se retrouve face à ses contradictions. Une envie de découvrir l’Inde comme elle l’est, réellement. Tout en cherchant désespérément à retrouver une notion de moralité à laquelle il peut se rattacher.

Titli chronique indienne fait le portrait croisé de personnages mus par la même volonté de casser le déterminisme. Par tous les moyens. Les personnages féminins gagnent en importance tout au long du film et dépassent leur statut de victime pour se battre, avec leurs armes. Le couple formé par Titli et son épouse illustre bien cette négociation de deux ambitions individuelles. L’accord calculé de deux personnages qui ont beaucoup encaissé mais gardent une forme d’énergie du désespoir, froide et cynique. L’une veut pouvoir vivre avec son copain. L’autre récupérer de l’argent pour échapper à sa famille. Ils vont se manipuler, se menacer, parfois baisser la garde et s’épauler, mais toujours faire primer leur trajectoire personnelle.

On se dit parfois, dans cette salle de cinéma française, que la brutalité et la violence décrites dans le film semblent trop concentrées, autour de personnages victimes de l’ensemble des maux de l’Inde contemporaine. Kanu Behl a voulu évoquer de nombreuses thématiques et la noirceur permanente aurait pu être éclairée par des moments de vie plus normaux, plus anodins. Mais Titli chronique indienne n’utilise pas de procédés lacrymaux, ne se compromet pas dans le « gore social » et souhaite à sa manière garder une forme d’espoir. Minime, limité, conditionné, arrangé. Mais un espoir quand même. Un film marquant, parfois choquant, à découvrir en salles.

Gilles Hérail

Titli une chronique indienne, un film indien de Kanu Behl, durée 2h07, sortie le 6 mai 2015

Bande-annonce et visuels officiels
[Critique] « Le talent de mes amis » : Alex Lutz réalise une comédie existentielle très maladroite.
[Critique] « Un peu, beaucoup, aveuglément » : Clovis Cornillac signe une comédie romantique originale et séduisante
Gilles Herail

One thought on “[Critique] « Titli une chronique indienne » : de Kanu Behl. Virée dans la réalité brutale de l’Inde contemporaine.”

Commentaire(s)

  • Titli est très bon film indien doté d’un scénario bien ficelé, loin des clichés de Bollywood et du récent film britannique Indian Palace, avec des scènes parfois très dures, une violence brute et palpable aux antipodes de l’idée de non-violence chère à Gandhi. Le sujet traité est actuel – le mariage, le divorce, le rapport au père, l’envie de s’en sortir… Nous sommes dans la réalité sociale de l’Inde, de ses fonctionnaires véreux et de ses mariages forcés. On sent l’odeur des chappatis, on entend le bruit des raclements de gorge qui précèdent les crachats, le bruit des vieilles motos, on voit la ville-champignon en pleine mutation. Un film un peu dans la lignée des excellents films de Kashyap.

    mai 17, 2015 at 19 h 27 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *