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[Critique] « Taj Mahal » : Huit clos frustrant de Nicolas Saada sur les attaques terroristes de Bombay

[Critique] « Taj Mahal » : Huit clos frustrant de Nicolas Saada sur les attaques terroristes de Bombay

05 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film de Nicolas Saada propose quelques beaux moments de mise-en-scène mais échoue à exploiter pleinement un sujet pourtant passionnant. Plus qu’un témoignage sur les attaques terroristes de Bombay, Taj Mahal est un film de survie inégal qui pâtit d’une écriture hésitante et de personnages pas toujours à la hauteur. Revoyez plutôt son excellent premier, Espion(s) qui nous avait laissé un bien meilleur souvenir.

[rating=2]

Extrait du synopsis officiel : Louise a dix-huit ans lorsque son père doit partir à Bombay pour son travail. En attendant d’emménager dans une maison, la famille est d’abord logée dans une suite du Taj Mahal Palace. Un soir, pendant que ses parents dînent en ville, Louise, restée seule dans sa chambre, entend des bruits étranges dans les couloirs de l’hôtel. Elle comprend au bout de quelques minutes qu’il s’agit d’une attaque terroriste.

On avait découvert Nicolas Saada, ex-critique pour les Cahiers du cinéma, dans un premier film très prometteur. Espion(s) alliait le thriller d’espionnage à la romance, avec un vrai travail sur l’ambiance, la photo et la bande-originale troublante de Cliff Martinez. On retrouve dans Taj Mahal cette volonté d’installer une atmosphère, de travailler sur l’environnement sonore, visuel et musical pour installer une tension et une étrangeté. Mais cette envie de mise-en-scène se fait au détriment d’une thématique à peine effleurée qui ne devient qu’un prétexte pour faire du cinéma de genre. Les attaques de terroristes islamistes à Bombay étaient un sujet passionnant, rappelant dans leur forme et leur exécution le 13 novembre parisien. Des massacres coordonnés, simultanés, touchant des lieux de détente, de divertissement, de convivialité. Plongeant une ville entière dans le chaos et sa population dans la terreur. On regrette que le cinéaste n’ait cherché à capter cette panique générale, ce sentiment d’horreur et d’incrédulité précédant la désorganisation la plus totale.

Nicolas Saada se focalise au contraire sur une histoire individuelle de survie. Après une (très) longue introduction qui ne nous en dit pas beaucoup plus sur l’héroïne, sa famille, et la ville de Bombay, le scénario se resserre sur une chambre d’hôtel. Qu’il ne quittera quasiment jamais jusqu’à la fin, occultant l’assaut dans l’hôtel et les mouvements de foule dans le reste dans la ville. Comme dans Le Fils de Saul, la violence est laissée hors-champ, n’apparaissant qu’à travers des cris, des ombres, des tirs. L’idée était séduisante; l’objet fini beaucoup moins. Le personnage principal, interprété de manière hésitante par Stacy Martin, transmet peu d’émotions. La caractérisation des personnages laisse à désirer et beaucoup de dialogues sonnent faux. Cet aspect Panic Room laisse de marbre, oubliant en route le contexte terroriste pour ne devenir qu’un simple « film d’incendie ».

La frustration domine, malgré quelques plans magnifiques et une utilisation toujours très appropriée d’une musique qui prend des directions inattendues et apporte beaucoup à l’esthétique du film. Car Nicolas Saada hésite en permanence entre deux visions de son film. L’immersion en temps réel aux côtés d’une jeune femme prise au piège, pour capter le sentiment de terreur et le trauma des victimes. Ou un objet artistique évanescent, s’offrant de belles images, mythifiant sa muse photographe et pas follement intéressé par les événements décrits. Le film ne tranche jamais et n’atteint jamais l’intensité étouffante de films d’otages comme Captain Phillips avec Tom Hanks. On vous conseille donc de passer votre chemin et de découvrir Espions qui mobilisait mieux les talents de son metteur en scène.

Gilles Hérail

Taj Mahal, un drame français de Nicolas Saada avec Stacy Martin, durée 1h31, sortie le2 décembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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