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[Critique] « La Marche » de Nabil Ben Yadir fait courir la mémoire des citoyens

[Critique] « La Marche » de Nabil Ben Yadir fait courir la mémoire des citoyens

27 novembre 2013 | PAR Melissa Chemam

Librement inspiré des événements réels de 1983  – les noms des protagonistes ont par exemple été changés – , La Marche, de Nabil Ben Yadir, était un film très attendu, qui a déjà emballé les spectateurs des avant-premières. Fictionnel, un peu romancé, mais reposant sur des faits historiques avérés, le film agit, prend au cœur et aux tripes, mais devrait susciter quelques débats. Pour le pire, mais surtout pour le meilleur.

[rating=4]

Élection du Front national aux municipales de Dreux le 11 septembre, affrontements opposant policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, meurtres racistes récurrents… L’année 1983 avait mal commencé pour les Français issus de l’immigration. Quand l’un d’entre eux reçoit la balle d’un policier en plein ventre, dans ce même quartier des Minguettes, son voisin – français, mais tout aussi ostracisé que lui en tant qu’habitant de cette cité décriée –, lui propose de le venger, il refuse. À la place, il rêve d’organiser une marche, « comme Gandhi et Martin Luther King ».

Voilà l’histoire dont est parti l’acteur et réalisateur belge d’origine marocaine, Nabil Ben Yadir, pour son dernier long métrage, La Marche, une suite événements forts, dramatiques et incroyablement cinématographiques en effet.

Présenté en soirée de clôture au festival Maghreb des Films, le long métrage a été ovationné. Et c’est compréhensible, même s’il y était présenté devant un public presque conquis d’avance. Avec des acteurs au meilleur d’eux-mêmes (brillant Olivier Gourmet, si convaincants Tewfik Jallab, Lubna Azabal, Hafsia Herzi, et même Charlotte Le Bon !), l’histoire prend comme une délicieuse sauce, immédiatement, travaillant sur la dérision, l’humour, l’énergie, ne se prenant pas au sérieux et maîtrisant sa sincérité en emmenant cette petite troupe de marcheurs improbables de Lyon à Marseille pour commencer un combat que beaucoup veulent croire perdu d’avance, mais sans bons sentiments larmoyants.

Le rythme est ensuite le point fort du film, qui évite les longueurs et le sentimentalisme en se construisant sur quelques rebondissements violents, émouvants. Les personnages sont assez subtils et complexes pour représenter un patchwork intrigant de cette France du début des années 1980 : une jeune fille de famille musulmane modeste mais brillante étudiante, un prêtre actif comme travailleur social aux Minguettes, un leader charismatique, une photographe lesbienne, des racistes violentes, des provinciaux solidaires de la cause et généreux, et quelques agents de renseignements infiltrés. Seul le personnage interprété par Jamel Debbouze jure au milieu du tableau : trublion plaqué, nerveux, bruyant, il ne semble exister que pour servir de faire-valoir à son interprète, somme toute loin d’être mauvais, mais complètement importé dans une histoire qui n’a pas besoin de lui…

La marche – les faits sont connus ou méritent de l’être –, qui démarre très modestement à Marseille, dans le quartier de la Cayolle, arrive à Paris en décembre 1983, triomphant de ses 100.000 participants et de l’accueil des jeunes « marcheurs permanents » par le Président François Mitterrand. Un film qui donnerait encore plus de souffle d’espoir si la marche se déroulait 20 ans plus tard… Malheureusement, le contexte actuel sur la question du racisme en France rend l’optimisme sur le sujet peu de mise. Et le choix du réalisateur de ne pas dire un mot sur les années qui ont suivi et vu se diviser le mouvement pèse un peu sur les esprits. Les marcheurs se sont en effet toujours sentis trahis par les mouvements associatifs qui ont suivi à l’instar de SOS Racisme.

Mais La Marche reste un film coup de poing sur un thème particulièrement sensible, entraînant, au jeu d’acteurs très travaillé. Sa seule faille est de s’attaquer à un sujet particulièrement délicat sans vouloir le politiser, ce qui ne manquera sûrement pas de faire débat chez les uns ou les autres.

La Marche, de Nabil Ben Yadir, avec Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, France, 2013. En salles le 27 novembre. Visuel : © affiche du film

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Melissa Chemam

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