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[Critique] « Chappie » de Neill Blomkamp. Attachante histoire de robots et de marginaux filmée façon District 9

[Critique] « Chappie » de Neill Blomkamp. Attachante histoire de robots et de marginaux filmée façon District 9

07 mars 2015 | PAR Gilles Herail

Malgré des invraisemblances, des raccourcis et un second rôle très caricatural de Hugh Jackman, Chappie confirme le talent de Neill Blomkamp et le charme de son univers de science-fiction mi réaliste, mi extravagant, irrigué par l’ambiance du groupe Die Antwoord. Attachant malgré ses défauts.

[rating=3]

Synopsis officiel: Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même. Mais des forces puissantes, destructrices, considèrent Chappie comme un danger pour l’humanité et l’ordre établi. Elles vont tout faire pour maintenir le statu quo et s’assurer qu’il soit le premier, et le dernier, de son espèce.

Neil Blonkamp avait étonné tout le monde avec District 9. Une véritable petite révolution en son temps, inventant une nouvelle manière de filmer la science-fiction. Pas seulement en faisant trembler des images de mauvaise qualité façon Cloverfield. Mais en jouant également avec les cassures de style, produisant un hybride de reportage télé, de documentaire, de série B d’action et de SF stylisée. Avec l’ambition d’inscrire le prétexte fantastique dans un univers urbain réaliste et brutal. Elysium était une parenthèse plus cossue mais Chappie revient à ce cœur de métier. On y retrouve l’identité visuelle que l’on aime, les choix de mise en scène et l’environnement sud-africain. La toujours fascinante thématique de l’intelligence artificielle semblait suffisante pour proposer un film d’action intelligent mais le résultat déçoit de ce point de vue. Le pamphlet politique sur la militarisation de la police est inégal et manque de profondeur. La sous-intrigue autour de Hugh Jackman et son personnage très caricatural de soldat fou de la gâchette affaiblit la portée du film qui ne va pas au bout de son sujet. Chappie nous touche en revanche en nous racontant sa véritable histoire, moins sophistiquée, plus premier degré, mais extrêmement attachante.

Celle de l’apprentissage d’un robot enfant qui va grandir en expérimentant la cruauté du monde. Neil Blonkamp s’est associé avec les deux chanteurs du groupe de « rap-rave » Die Antwoord (dont on en avait parlé ici) et leur étrangeté participe beaucoup à l’ambiance du film. Un univers de marginaux, punks, ultra violents, délinquants de pacotille. Un squat crade et des personnages décalés qui serviront de famille de substitution à ce robot en recherche d’identité. C’est la belle idée du film qui donne des scènes très drôles quand le petit Chappie prend l’accent très fort du slang sud-africain ou essaie de devenir un bad-boy roi du ghetto pour s’intégrer. Le film suit cette éducation accélérée, qui le fait passer de l’enfance à l’âge adulte en quelques jours. Et le confronte aux problèmes existentiels que lui ouvre l’intelligence artificielle: la curiosité des premières années, le choix des principes et des valeurs, la découverte de la conscience de soi et de son caractère mortel. Neill Blonkamp nous offre alors une fable poétique naïve et intimiste, entre Wall-E, ET et Transformers, en plein milieu d’un brouhaha musical permanent et d’un grand bordel d’influences, de guns et de ferraille. Un mix généreux et attachant à la Luc Besson. Un film très imparfait mais à la sincérité désarmante dans sa défense de la marginalité et de la différence.

Gilles Hérail

Un film de science-fiction de Neill Blomkamp avec Sharlto Copley et Dev Patel, durée 1h54, sortie le 4 mars 2015

Bande-annonce et visuels officiels.

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