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Elysium : même avec des technologies de pointe, les méchants ne sont toujours pas là au moment crucial

Elysium : même avec des technologies de pointe, les méchants ne sont toujours pas là au moment crucial

15 août 2013 | PAR Idir Benard

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Avec un trailer prometteur, et au regard d’une cuvée estivale pour le moins médiocre jusqu’à présent, Elysium, malgré quelques incohérences de scénario et une intrigue sans surprise majeure, reste un bon divertissement.

En 2154, toutes les prédictions sur la surpopulation s’avèrent exactes. La Terre, peuplée de milliards d’individus et n’ayant plus les ressources suffisantes pour satisfaire un mode de vie digne à chacun, est devenue un gigantesque bidonville. Dans un décor tiers-mondiste à peine exagéré, Max DaCosta (Matt Damon), ancien bagnard, travaille dans une usine de robots droïdes hyper-intelligents, instruments de l’aliénation et de l’exploitation des humains sur Terre, au profit de la “banlieue” chic Elysium, station satellitaire en orbite autour de la Terre, où les élites se sont mises à l’abri.

Ainsi, 2 mondes se font face. D’un côté, les Elyséens, vivant dans le luxe et l’opulence, planqués derrière des modèles statistiques ignorant tout de la réalité de terrain, et de l’autre, les terriens dans la misère, fliqués par les droïdes qu’eux mêmes produisent, et  vivant dans un semi état de nature régulé par des algorithmes probabilistes. Et bien sûr, le cynisme est une qualité phare des citoyens Elyséens, qui considèrent les terriens comme de simples pièces détachées à remplacer lorsqu’ils tombent malades ou meurent. Ces derniers veulent bien évidemment rejoindre l’eldorado que représente Elysium. Ainsi Mlle Delacourt (Jodie Foster), secrétaire en chef d’Elysium, n’hésite-t-elle pas à ordonner sans ciller l’abattage de 3 vaisseaux clandestins tentant de pénétrer sur Elysium.

Si ce n’est une métaphore actuelle des conditions économiques, le film ne présente rien de nouveau en matière de science-fiction. C’est même l’intrigue ultra-classique des romans d’anticipation : Elois versus Morlocks chez H.G Wells, Alpha versus Epsilon chez A. Huxley.

Dans Elysium, ce dualisme est d’ailleurs caricaturé à l’extrême. Les terriens, évoluant dans un semi état de nature des plus confus, ne sont qu’une bande de rustres, incultes braillards, bardés de tatouages, écoutant de la musique que l’on qualifierait de « non-raffinée » (pour le coup du dubstep), alors que sur Elysium, prouesse architecturale et technologique, on écoute la suite pour violoncelle numéro 1 en sol majeur BWV 1007 de Jean Sébastien Bach, on déguste du champagne en cocktail entre gens très éduqués, le tout dans des jardins à la végétation luxuriante, tandis qu’une bureaucratie procédurière ultra sécuritaire assure la tranquillité.

Si ce n’est ces caricatures abusives qui réduisent l’intérêt du film, l’importation de notions post-humanistes et cybernétiques maintiennent l’intérêt du spectateur tout au long de la projection. Cyborgs, exossature, téléchargements de métadonnées directement dans le cerveau et même coup d’état numérique, voici des notions astucieusement utilisées qui assurent le spectacle et savent relancer une intrigue souvent téléphonée.

Mais une question demeure, toujours la même dans ce genre de film :  où sont les méchants et tous les droïdes malveillants super-intelligents au moment décisif ou les gentils s’apprêtent à faire sauter le système central de cette cité sur-protégée? Certainement en train de prendre le thé sur une terrasse avec vue sur la voie lactée, ou plus probablement en train de patauger dans un jacuzzi d’une des somptueuses villas, les doigts de pieds en éventail, et de regarder les gentils s’approcher de l’ordinateur central.

Au final, on regrettera que le fond ait reçu moins d’attention que la forme et malgré quelques incohérences de scénario, qui manque de réalisme, et une intrigue somme toute assez classique et parfois saccadée, l’introduction d’éléments néo-technologiques et cybernétiques assure tout de même un intérêt soutenu tout au long de la projection.

« Elysium », de Neill Blomkamp, avec Matt Damon, Jodie Foster, USA, 2013,  1h50, Sortie le 14 août 2013.

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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