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[Critique] « Blue Ruin » de Jérémy Saulnier : voyage au bout de l’enfer

[Critique] « Blue Ruin » de Jérémy Saulnier : voyage au bout de l’enfer

08 juillet 2014 | PAR Olivia Leboyer

Présenté à Cannes à la Quinzaine (Prix de la Critique Internationale), au Festival du film américain de Deauville, ce premier film produit un effet de souffle vraiment sidérant. Une grande réussite, à découvrir absolument.

[rating=5]

Blue Ruin est de ces films qui s’impriment durablement sur la rétine des spectateurs. La puissance des images, l’atmosphère poisseuse, nauséeuse, le visage singulier de l’acteur principal (Macon Blair), la musique : Jérémy Saulnier parvient, avec force et simplicité, à hanter votre imaginaire. L’histoire tient en deux mots : Dwight Evans, un clochard hirsute et doux, apprend que l’homme qui a assassiné ses parents des années auparavant vient d’être relâché. Mû par un ressort primitif, il rassemble tout ce qui lui reste d’énergie pour venger les siens. Sans paroles inutiles, Dwight accomplit les derniers gestes, se raser, prendre une arme, une voiture, se lancer à la poursuite d’un vieux cauchemar, et tuer.

Une des plus belles scènes du film montre l’impossibilité d’un retour à la vie normale : dans un café d’autoroute, Dwight et sa sœur, face à face, tentent d’échanger quelques mots. Ce qui sort, ce sont des larmes en rafale, en silence, comme un trop plein halluciné. C’est bouleversant. Les yeux de Dwight ont vu trop d’horreurs pour exprimer encore quoi que ce soit. Dans ce rôle, Macon Evans (qui est aussi auteur de BD) impose une présence incroyable, visage défait et regard intense. Sa tristesse nous saisit à la gorge.

Rythmé par les poursuites et les meurtres, dans une Amérique profonde où abondent les monstres ordinaires, le film déroule un road trip superbe et absurde, plein d’humour et de noirceur. On pense un peu aux frères Cohen, mais Jérémy Saulnier possède un style très personnel, troublant, incisif.

Une vraie découverte, à ne pas manquer.

Blue Ruin, de Jérémy Saulnier, 1h31, USA, avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves, Kevin Kolack, Eve Plumb et David W. Thompson. Sortie le 9 juillet 2014.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.

Alain Veinstein licencié par France Culture
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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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