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[Critique] « Ava » la rage de vivre, selon Léa Mysius

[Critique] « Ava » la rage de vivre, selon Léa Mysius

12 juin 2017 | PAR Olivia Leboyer

ava

La Semaine de la Critique cannoise déniche des premiers films audacieux et marquants. Après Mimosas d’Olivier Laxe et Grave de Julia Ducournau, c’est Ava de Léa Mysius qui a été consacré cette année : l’été de ses treize ans, une jeune fille apprend qu’elle va très bientôt perdre définitivement la vue. Très physique, au plus près des sensations, le film impose une énergie solaire et rageuse. Sortie le 21 juin.

[rating=4]

Le plan d’ouverture, nonchalant et inquiétant, montre un grand chien noir jais errant tranquillement sur une petite plage saturée de soleil. Alanguis, comme écrasés de chaleur, les estivants se laissent renifler sans broncher, l’animal poursuivant sa progression.

Tout comme la maladie qui affecte la jeune Ava (Noée Abita), et qui enfle aussi, à son rythme, jusqu’à la perte totale de la vue. Pour la jeune fille, la rencontre avec cet immense chien noir agit comme un signe, de reconnaissance ou de rédemption. Sauver, être sauvée… D’ailleurs, le propriétaire du chien, crinière noire et allure gitane, l’intrigue fortement et commence à l’attirer. A treize ans, Ava entre dans l’adolescence, étrangement épaulée par une mère elle-même empêtrée dans des comportements immatures (Laure Calamy, qui incarne ici une mère proche de celle d’Un Monde sans femmes de Guillaume Brac). Sans malice, cette mère aimante et maladroite lui conseille d’aller chercher le réconfort dans des bras masculins, comme elle l’a toujours fait. Pour Ava, entre le fils du moniteur de char à voiles, mignon, sympa, normal et le ténébreux Juan (Juan Cano), le jeune homme au chien, le choix est vite décidé. « J’ai peur de n’avoir vu que la laideur » dit Ava, qui observe intensément, un paysage, un visage, s’efforçant de retenir les instants.

Avec une rage intacte, la jeune fille entre dans la vie adulte comme on se jette dans la mer (Léa Mysius, qui filme superbement la mer, a coécrit Les Fantômes d’Ismaël, premier Desplechin où la mer tient une place). Sur l’affiche, la jeune fille arbore des peintures de guerre, qui font un peu penser à Pierrot le fou. Plonger dans le noir, sans peur, à la suite d’un chien ou d’un homme, pour se sentir exister. Ces réflexions sur le regard possèdent une force vive, et s’entendent, bien sûr, aussi comme une métaphore du cinéma. Les taches noires se rapprochent, le champ de vision se rétrécit, mais l’horizon ne disparaît pas encore complètement. Il reste une échappée, un point aveugle. L’amour, ou autre chose, une forme de courage.

Ava, de Léa Mysius, France, 105 minutes, avec Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano. Sortie le 21 juin 2017.

visuels: photo, affiche et bande annonce officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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