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[Cannes 2016, Quinzaine] « Fai bei sogni » de Marco Bellocchio, vivre avec les morts

[Cannes 2016, Quinzaine] « Fai bei sogni » de Marco Bellocchio, vivre avec les morts

12 mai 2016 | PAR Olivia Leboyer

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Ce soir, la Quinzaine des Réalisateurs remettait son Carrosse d’or 2016 au cinéaste finlandais Aki Kaurismäki. En ouverture, le film de Marco Bellocchio, Fais de beaux rêves, auscultait sans complaisance, sur un mode lancinant, la douleur de perdre sa mère.

[rating=3]

Céline Sciamma et Catherine Corsini ont lu une belle et longue lettre à Aki Kaurismäki (La vie de bohême, Tiens ton foulard, Tatiana, Le Havre,…), le remerciant de prêter attention aux déclassés, aux marginaux qui, sans un récit, n’existeraient pas à nos yeux. Absent, en tournage au Groenland, Kaurismäki était représenté par Jean-Pierre Darroussin, sobre et plein d’esprit. A suivi un discours percutant des intermittents du spectacle.

Puis, place au film d’ouverture, en compétition. Marco Bellocchio (Buogiorno, Notte, Vincere) a livré avec Fai bei sogni un film imparable : un jeune garçon de neuf ans perd soudain sa mère. A l’âge adulte, au temps des inventaires, il n’a toujours pas surmonté cette perte. Bellocchio ne craint ni la longueur, ni le sujet, interrogeant inlassablement, ressassant même, la souffrance et la difficulté à vivre avec les morts. Si le petit garçon s’en remettait à la figure tutélaire de Belphégor pour conjurer la mort, le quadragénaire ne peut plus user d’expédients et doit, à un moment donné, affronter la réalité. Séquences asphyxiantes, où le malaise est palpable, réflexions abruptes et touchantes sur la mort, la foi, la fuite, Bellocchio construit son film avec sincérité, vaille que vaille. L’acteur principal possède un beau regard triste. Et la musique, discordante, entêtante, nous communique cette angoisse sourde. Peu à peu (et grâce à Bérénice Bejo), il va réapprendre à aimer, à danser, à faire confiance. Très applaudi, Fai bei sogni touche évidemment un thème universel.

Fai dei sogni (Sweet dreams) de Marco Bellochio, Italie, 2h11, avec Valeria Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino, Nicolo Cabras, Dario Dal Pero, Barbara Ronchi. La Quinzaine des Réalisateurs, en compétition.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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