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Cannes 2019, Compétition : « Le Traître », un Bellocchio à la forme classique qui manque de finesse

Cannes 2019, Compétition : « Le Traître », un Bellocchio à la forme classique qui manque de finesse

25 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans ce film biographique sur Tommaso Buscetta, grand mafieux de Sicile qui « se mit à table », le réalisateur du Saut dans le vide et de Vincere signe des images trop sombres, et apparaît un peu en mal de maîtrise côté effets.

Dans Le Traître, le célèbre Tommaso Buscetta est interprété par Pierfrancesco Favino (remarqué dans Juste un baiser puis confirmé grâce à Romanzo criminale). Sanguin, carré, massif, l’acteur impose une présence sauvage. Terriblement sûr de ce qu’il veut, s’exprimant dans certaines scènes-clés avec une voix calme et tranchante, en laissant du temps couler entre ses répliques, il n’en reste pas moins vulnérable, à l’écran. Le jeu physique de son interprète lui confère un côté usé, fatigué. C’est là là qualité du nouveau film de Marco Bellocchio : donner à rencontrer des figures évoluant au sein de la Cosa Nostra, mafia sicilienne, incarnées par des acteurs poussés à bout, à vif, dans leur jeu physique (tels les fils du protagoniste principal, présents dans le début du récit et perdus dans leur existence, donc menacés). Les enjeux se ressentent donc. Et l’ambivalence existe, à l’écran, entre le caractère dangereux de ces hommes et leur humanité fragile, tout de même.

Des choix de réalisation qui ne suivent pas

Les partis-pris adoptés par Marco Bellocchio pour la composition de ses scènes ne suivent cependant pas : le film demeure nimbé d’une photographie sombre, qui obscurcit les séquences, ne suggère pas grand-chose et reste peu esthétique. Et alors que la manière dont les interprètes campent leurs personnages sait, à elle seule, suggérer des sentiments, certaines séquences, bien trop chargées en musique et en effets esthétiques, s’invitent dans le récit pour souligner à outrance les états que les protagonistes traversent.

Ce film qui conte une trahison à grande échelle – le célèbre mafieux Buschetta, arrêté dans sa cache brésilienne et acculé souterrainement par ses adversaires, collabora en effet avec la justice italienne contre son camp – ressemble donc bien vite à d’autres films de mafia et de procès criminels. En choisissant des effets peu fins – ralentis, comptes à rebours en surimpression… – la réalisation convoque peur et tension en surface. Mais quant à la faire vraiment ressentir au spectateur, ensuite, c’est plus difficile …

Geoffrey Nabavian

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Visuel : © Ad Vitam

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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