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62ème Berlinale, jour 6 : Deux grands réalisateurs allemands, Schlöndorff & Schmid

62ème Berlinale, jour 6 : Deux grands réalisateurs allemands, Schlöndorff & Schmid

15 février 2012 | PAR Yaël Hirsch

La journée a commencé sous un soleil clément et avec le magnifique film de Hans-Christian Schmid : « Home for the week-end » (« Was bleibt »). Retrouvant le scénariste de «Storm » (« La révélation ») Bernd Lange, le réalisateur allemand passe du thriller politique au registre intime avec subtilité et précision. A mi-chemin entre Fassbinder et Assayas, « Was bleibt » est l’histoire de deux fils passant un week-end chez leurs parents. L’un est un père au bord du divorce, l’autre vient avec sa fiancée. Toute la famille apprend que la mère, fragile psychologiquement depuis 30 ans a décidé de se passer de ses médicaments pour tenter, malgré les risques, de vivre parmi eux et normalement. Le film fonctionne dans un temps resserré, selon une action unique, et chaque personnage est un véritable caractère. Le résultat est donc une tragédie moderne, portée par d’excellents comédiens, dont l’étoile montante Lars Eidinger, et la lumineuse Corinna Hachfouch. Intution confirmée, donc, « Home for the week-end » aurait tout à fait ses chances pour l’Ours d’or, même si le milieu très bourgeois et le caractère intimiste du film pourrait décourager un jury mené par Mike Leigh de le récompenser. Pour lire notre critique du film, c’est ici.

Lors de la conférence de presse, Bernd Lange, Hans-Christian Schmid, Corinna Hachfouch et Lars Eidinger semblaient très heureux, détendus et ont réponde le plus simplement possible aux questions très psychologisantes des journalistes.

Deuxième film de la compétition de la journée : « Tabu », du Portugais Miguel Gomes. Un film en noir et blanc, puis soudain silencieux, dont les deux parties regorgent d’animaux et d’entremêlements de rêves et de réalité, du passé colonial et du présent de la vieillesse de l’héroïne : Pilar. Un film sinueux, extrêmement lent, et qui a rebuté pas mal de journalistes, sortis en grand fracas de la salle de projection. Pour lire, notre critiaue, c’est la.

L’Après-midi s’est déroulé un peu à l’écart de la Postdamer Platz, dans le Friedrichstadt-Palast. où la superproduction du chinois Zhang Yimou (« Adieu ma concubine », 1991, et ours d’or pour « Sorgo Rouge », 1988), « The Flowers of war » était projetée sur un immense écran. Absurde et kitsch, le film multipliait les scènes de violence dans le Nankin de 1937 envahi par les japonais. Christian Bale lui-même ne parvient pas à garder son sérieux en américain se prétendant prêtre dans un couvent où se réfugient une demi-douzaine de collégiennes et … une demi-douzaine de prostituées… Barbiche et œil lubrique, il semble se gausser des plans coupés à la hache et de l’invraisemblance grandiloquente du film dans lequel il joue.

A ce blockbuster historico-délirant a succédé le film le plus puissant, le plus rigoureux et le plus émouvant qu’il nous ait été donné de voir jusqu’à présent à la Berlinale. Après « Le neuvième jour » (2004), qui mettait en scène la destinée d’un homme d’Eglise luxembourgeois déporté à Dachau (et libéré à condition de convaincre le Pape de soutenir le régime nazi), Volker Schlöndorff continue de se pencher avec rigueur, extrême modestie et avec son fort penchant littéraire sur cette période de l’histoire. Avec minutie et inspiré par le rapport qu’en a fait le caractère ambigu qu’est l’homme de lettre allemand Ernst Jünger, Schöndorff raconte comment le meurtre d’un officier allemand a mené en octobre 1941, les occupants à demander l’exécution de 150 otages communistes. Le film se penche sur les 28 otages du camp de Choisel (près de Nantes), tous détenus politiques et qui seront fusillés avec rapidité et selon une organisation parfaite de l’occupant allemand et des administrations de Vichy en place. Parmi les victimes de cette exécution : Guy Moquet et Jean-Pierre Timbaud. Un film magistral dans sa mise en scène, sa tension, et son souci des faits historiques, présenté avec modestie par son réalisateur comme « une petit film », salué par un public terriblement touche, et suivi par un salut presque théâtral d’une grande partie du casting. « La mer à l’aube » est grand moment de cinéma et d’émotion. Voir notre critique, ici.

Enfin, à 21h, place à un petit peu plus de légèreté et au glamour de Charlize Therons, avec la comédie du réalisateur de « Juno » et « In the Air », Jason Reitman. « Young adult » était le film de gala à Berlin, hier soir, et raconte des retrouvailles amoureuses dans le Minnesotta natal du réalisateur.

Au programme alléchant de ce 15 février : deux films en compétition : « Postcard from the zoo », de l’indonésien Edwin et « White dear plain » du chinois Wang Quan’an. L’avant-première de Haywire de Steven Soderbegh, avec Michael Fassbender, Ewan McGragor et Antonio Banderas, et un blockbuster à l’allemande, « Gluck » de Dorris Dörrie. Même si cette dernière était triste de n’être sélectionnée qu’hors compétition, son succès et l’ampleur de la pub pour le film ici, élèvent le niveau d’attente quant à la qualité de ce film.

Photo : Jan Windzus @ Berlinale 2009

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La mer à l’aube, un très grand film de Volker Schlöndorff sur arte le 23 mars 2012
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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