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Vincent Barré, l’origine est proche : des formes et des matières pour un ancrage dans l’histoire

Vincent Barré, l’origine est proche : des formes et des matières pour un ancrage dans l’histoire

07 septembre 2019 | PAR Pauline Lisowski

Le musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Besançon a fait l’objet d’une rénovation et a réouvert en novembre 2018 avec un parcours des collections ponctué d’œuvres d’artistes contemporains. Pour Nicolas Surlapierre, le directeur du musée, « ces œuvres sont comme des points de repères pour que le visiteur puisse lire les œuvres »[1]. Ainsi, il a donné carte blanche à Vincent Barré.

Invité à y exposer, l’artiste, tel un historien de l’art, a arpenté les salles du musée et ses collections archéologiques furent pour lui une ressource. Il a pris soin d’en faire son terreau pour une relecture de ses œuvres. Entre le point de départ de l’exposition et son ouverture, près de deux ans se sont écoulés et lui ont permis de s’évader, d’appréhender au mieux l’espace de ce musée et y percevoir des formes pour la création de nouvelles œuvres. « Ma sensibilité d’architecte aux villes, aux espaces et à la manière dont ils sont occupés se révèle essentielle dans le déroulement d’un tel projet : la ville, les habitants et une certaine rudesse du pays, les collections. Tout ceci fait “contexte” sans lequel il ne peut y avoir d’œuvres…. Puis vient le rapport à l’échelle, dimensions, poids, gestes pour accrocher, dresser, déposer au sol… tout ceci révèle le sens du lieu et des gens. »[2] précise l’artiste. Dessins et sculptures résonnent ici et nous amènent à un retour aux origines.

Dans la salle d’exposition temporaire, une série d’œuvres réalisées en différents matériaux, des sculptures et des dessins où se révèlent des vides nous invite à une promenade du regard. « Le cercle a cette dimension hypnotique (l’œil de Bataille), et sacrée (probablement dans toutes les cultures) » explique Vincent Barré. Ses œuvres, bien souvent constituées de fragments, parlent du manque, des lacunes. Cette absence nous amène à nous interroger sur l’histoire et sur des pièces et objets d’une époque ancienne. Vincent Barré fait surgir la figure de Dionysos, dieu de l’étrange, de l’obscure ainsi que celle de la Mètis, déesse des ruses de l’intelligence et des savoir-faire.

Ses Tressages, pièces en bronze, même si elles convoquent des formes issues de la nature, font plutôt référence au travail de l’homme, à la patience d’assembler, au métier.

L’installation Epines s’inscrit dans le mur, s’y fond presque tels que ces éléments en sortiraient. Cette série d’œuvres en grès de Limoges biscuité répond aux rythmes et aux vides des dessins et sculptures.

Dans les sculptures de l’artiste, le rapport au corps est présent, en creux. Leur posture et leur titre en témoignent. Débout, au mur, les formes ainsi que le mouvement qu’elles incarnent leur donne une apparence organique. Plus précisément, ses sculptures et dessins convoquent un corps fragmenté. L’artiste a découvert, au sein du musée, deux pied et une main de momie, des témoignages de la violence des pilleurs de tombes. Ce qui l’a inspiré à la création de ses grands reliquaires.

« Les matériaux (et le geste pour les travailler) sont ce qui guide la forme. Pas de forme conçue sans en connaître le matériau. Le plein et le creux pour les fontes, une forme de dessin dans l’espace pour les bronzes à partir de branches, le plan roulé et tordu pour la terre travaillée en plaques »[3] explique Vincent Barré au sujet de son répertoire de techniques et de matières.

Ses grands dessins, monotypes condensent en eux également un rapport au temps, à une archéologie, à des lieux. Métopes qui furent réalisés à l’occasion de l’exposition Mètis à l’Hôtel des Arts de Toulon, vers 2007, avec aussi le film Mètis, réalisé pour l’occasion, qui l’avait mené devant les métopes de Selinonte en Sicile : Bas-relief d’une taille équivalente, rudesse des traits, suggestion de figures et de mouvement, entrent en résonance avec ses pièces en fonte d’aluminium, par la rudesse et la clarté des formes. Bacchanales présente une danse de formes fragmentées, de couleur noire. Ses dessins « font écho aux bas-reliefs grecs, qui nous sont arrivés fragmentés, lacunaires, figurant des danses, des combats, des poursuites de créatures mythiques »[4] précise l’artiste.

Des sculptures en terre blanche enfumée s’apparentent à des trouvailles, telles qu’elles proviendraient d’un site archéologique. Leurs formes suggèrent des cavités ou des protubérances, une organicité. Posées, plus loin sur une mosaïque gallo-romaine, elles répondent à l’absence et dialoguent avec l’histoire d’une ruine. « Les formes archaïques d’outils et d’artefacts de l’archéologie a toujours été pour moi une profonde source d’inspiration. »[5] témoigne-t-il.

Couronne, à Jean Fouquet, en bronze à modèle perdu apparait en fin de parcours des collections de ce musée. Référence à sa culture religieuse, cette œuvre contient en elle une puissance par sa forme, devenue un nid et nous conduit à une relecture de l’histoire de l’art.

Plus loin, un ensemble de sculptures suggère des noyaux, des graines gigantesques. Celles-ci sont à l’échelle de l’architecture, tels des fragments d’un paysage ancien.

Le parcours se clôt par la présentation d’un ensemble de ses carnets, des dessins et autres documents parmi quelques petites pièces d’archéologie du musée. On y découvre l’importance des voyages, des lectures, des découvertes qui nourrissent sa création artistique. Ces vitrines, tel un cabinet de curiosités, permettent de découvrir son processus de travail et l’importance de ses écrits.

Ainsi cette exposition convoque trois temps, celui de la découverte de ses pièces avec une interrogation sur ce qu’elles ont à nous raconter, des clefs de lecture en découvrant les œuvres en regard des pièces archéologiques et une profondeur vers la précision de ses recherches. Selon le sens de visite, ces étapes nous conduisent à une approche différente des œuvres contemporaines en relation avec l’histoire contenue dans celles des collections du musée. L’ensemble des œuvres de Vincent Barré est ici redéployé, réinterrogé et permet d’appréhender sa démarche, son intérêt pour l’histoire et les techniques qui le conduisent à parler du corps et d’une quête, d’un retour aux sources, aux origines.

[1] Entretien mené avec Nicolas Surlapierre le 30 août 2019.

[2] Entretien mené avec Vincent Barré le 15 août 2019.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

visuel : Tressage-Y, 2019, bronze
photographie : Florian Kleinefenn (sauf 7/ photographie Georges Poncet)
Vincent Barré / ADAGP Paris 2019

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