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L’Orchestre Français des jeunes à Lille

L’Orchestre Français des jeunes à Lille

07 septembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Selon une tradition désormais établie, la session d’été de l’Orchestre Français des Jeunes fait étape à Lille, cette année sous la baguette de Fabien Gabel, avec Lise de la Salle dans le Concerto pour piano de Schumann.

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Depuis la fondation du programme en 1982, l’Orchestre Français des Jeunes offre à des étudiants des conservatoires et des écoles de musique l’opportunité d’une immersion dans le travail d’orchestre, sous la houlette de chefs menant une carrière internationale. Depuis deux ans, c’est Fabien Gabel qui tient les rênes de la session estivale, laquelle s’achève en région Hauts-de-France, où la formation est en résidence depuis 2017. Modulant légèrement le programme au gré des quatre concert de la tournée, la soirée lilloise, dans la salle du Nouveau Siècle, s’inscrit dans les grandes lignes de la saison de l’Orchestre national de Lille.

C’est ainsi que la création française de Vivo de Magnus Lindberg, compositeur en résidence à l’ONL depuis septembre 2018, est donnée en ouverture. En six minutes, la pièce brève, composée en 2015, met en évidence une belle maîtrise de la pâte, entraînée par des textures cuivrées, lumineuses et charnues à la fois, qui ne cèdent pas à la tentation de la brutalité de l’éclat. Equilibrant vitalité et homogénéité, les jeunes pupitres offrent, sous la baguette de Fabien Gabel, un aperçu apéritif de la qualité du travail réalisé : vertus pédagogiques et plaisir de l’auditeur démentent la réputation d’austérité du répertoire contemporain, sans verser dans la séduction facile. Place ensuite au piano de Lise de la Salle, avec le Concert en la mineur opus 54 de Schumann : dès les premières notes de l’Allegro affettuoso s’affirme un toucher délié, gant de velours pour un jeu qui n’oublie la tension dramatique, face à laquelle l’orchestre oppose une dialectique efficace, dont la raideur relative s’adoucit au fil de l’oeuvre. La coda du premier mouvement révèle une admirable maîtrise formelle et poétique, que l’on retrouve dans le ressac intime de l’Intermezzo, préparant l’attendue éclosion de la volubilité finale.

Après l’entracte, l’Adagio de la Dixième Symphonie de Mahler, seul mouvement que le compositeur a achevé avant de mourir, complète le cycle initié par l’Orchestre national de Lille au début de l’année – Alexandre Bloch a choisi de ne pas aller jusqu’aux versions complétant l’ultime opus. La complexité de l’écriture du maître austro-hongrois, que la phalange lilloise apprivoise à nouveaux frais avec son directeur musical, représente un défi certain pour de jeunes musiciens. La mise en place des différents plans sonores gagne progressivement en assurance, et l’on saluera une appréciable lisibilité de l’architecture et de la dynamique de la pièce. La tenue de la ligne constitue également un enjeu dans le poème symphonique de Richard Strauss, Mort et Transguration opus 24. Mais, pour être foisonnant, l’élan unique du discours réserve bien moins de pièges que le camaïeu mahlérien, et la jubilation des pupitres, comme de la baguette de Fabien Gabel, s’entend avec une évidence où se conjuguent les ressources d’une académie et l’accomplissement artistique : une prise de risque réussie pour l’Orchestre Français des Jeunes.

Gilles Charlassier

Orchestre Français des Jeunes, Lille, 5 septembre 2019

©Orchestre Français des Jeunes

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