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Rebecca Bournigault : Diluer la révolte

Rebecca Bournigault : Diluer la révolte

27 novembre 2011 | PAR La Rédaction

Anonymie du mouvement contestataire. Depuis un an désormais, les révolutions se sont enchaînées dans le monde arabe comme une série de soubresauts découlant d’une même verve contestataire, sans qu’une association, qu’un groupe, qu’une organisation claire se détache comme fédératrice de ces mouvements spontanés. Rebecca Bournigault, qui nous avait plutôt habitués à des univers idylliques comme ceux des contes, se tourne ici vers le prosaïsme réaliste de l’actualité politique en en dressant un panorama d’anonymes.

Il s’agit des à-côtés, des inconnus, de tous ceux, émeutiers ou engagés, que nous ne reconnaissons pas dans la rue alors qu’ils sont présents dans la sphère médiatique à travers leurs revendications, et ce depuis un an.
Mais il n’est pas seulement question du monde arabe. La source du projet est française. Ce sont les violences urbaines des banlieues, celles de 2005, qui ont porté l’attention de l’artiste sur les embrasements soudains de Clichy-sous-Bois et ont donné lieu à cette recherche : comment représenter l’anonymie contestataire ? Née en 1970, l’artiste a sans doute été surprise par cette virulence politique sans réel précédent dans les trente dernières années. On repense au livre de Dominique Baqué, Pour un nouvel art politique, de l’art contemporain au documentaire (publié chez Flammarion), qui appelait à un renouvellement des moyens de représentation artistiques et à une redéfinition des enjeux de l’art contemporain.

Au gré de ses aquarelles, Dominique Baqué a sans doute réussi à cela. Libérateurs, ces portraits ont un effet cathartique, proche de celui qui l’a toujours intéressée, à la lecture des contes. Ils ont un côté angoissants, par leur plasticité coulante. Comme D. Baqué l’évoquait dans son livre, c’est la grande proximité entre le documentaire et l’art contemporain qui fait la réussite de certains travaux ouvertement politiques. Dans le cas de Rebecca Bournigault, il s’agit d’un travail de recherche découlant de plusieurs années à passer en revue les fonds d’agences photographiques et les portraits des « émeutiers », titre qu’elle choisit pour sa série de visages peints à l’eau. Ces dix visages, à un format qui s’approche du réel (142 x 106 cm cadre compris) touchent. Ils sont issus de dix pays différents dont les noms sont inscrits jours après jours dans les journaux : Algérie, Maroc, Palestine, Bahrein…

De temps à autre, une goutte ocre ou vermillon coule vers le bas du cadre, appelant à sortir de l’espace irréel du dessin et à revenir dans ce réel sanglant que l’espace médiatique a consacré depuis un an maintenant. La rigidité scénographique de cette exposition empêche peut-être de tomber dans un lyrisme qui oublierait cette réalité violente et prosaïque. Trop rigide, peut-être, elle permet pourtant une distanciation bienvenue. De même, la vanité noire, présentée en vitrine hermétique, de l’autre côté de la pièce, à l’entrée de l’exposition, est là pour rappeler d’où viennent et où vont Les Émeutiers.

Valentine Umansky

 

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