Arts
Pat le Sza, artiste sensé

Pat le Sza, artiste sensé

06 novembre 2022 | PAR Nicolas Villodre

En élargissant le champ des arts appliqués au collage, au jeu avec la typographie et à celui du cadavre exquis, autant de pratiques populaires ludiques devenues artistiques grâce aux cubistes, aux dadaïstes, aux surréalistes, aux suprématistes. Sylvette Botella-Gaudichon a présenté le travail de Pat le Sza à côté de celui de William Morris à La Piscine de Roubaix. Dans de petites pièces qui servaient jadis de vestiaires. Probablement en hommage au créateur des Arts & Crafts, le titre de l’accrochage est livré en anglais : A Piece of nonsense.

Simple comme bonjour

Pat le Sza (abréviation de son patronyme d’origine polonaise, Patrick Szalkowski) emprunte aux procédés enfantins des papiers gommés, colorés, découpés et à la technique de tradition anglo-saxonne du scrapbook qui réunit texte et image, graphisme et photographie, matières, textures, fétiches, etc. en un ensemble de pages écrites ou composées au fil du temps. Ces cahiers de croquis, selfies d’autrefois, ont la nostalgie comme catalyseur. Leur perspective se focalise sur un point fuyant situé loin derrière l’observateur. Les textes eux aussi font songer à ceux de réclames sans âge. Ce ne sont pas vraiment des slogans, des directives, des mots d’ordre, des consignes au sens de la pub ou de la com. Plutôt des paradoxes, des oxymores, des invraisemblances énoncées le plus sérieusement du monde.

Des vérités, des évidences, des faits, réels ou rêvés, comme ces inscriptions sur des plaques fixées aux entrées de vieux immeubles parisiens : « eau et gaz à tous les étages ». De fait, chaque formule, chaque expression en appelle à l’imaginaire, ainsi que le fit remarquer à l’artiste une des visiteuses de l’exposition. Ce en quoi, chaque opus a valeur poétique. Certains présentent des créatures mi-animales, mi-humaines, qui, au lieu d’absorber le propos abstrait ou abscons, le renforcent. Ces bestioles aux teintes vives ou à l’encre de Chine, au bec de Shadoks, animent chaque page, préservent le pur signifiant qui consiste à vouloir tout signifier.

Mystère et boule de gomme

L’incongruité semble être de règle chez Pat le Sza. L’arbitraire est le propre de son art, qui rapproche, détourne, contrarie, télescope le sens. Chaque proposition est travaillée en finesse. Avec manière, avec esprit, avec bonne humeur. Tout le contraire des éléments de langage politique. Mine de rien, ces miniatures et ces phrases énigmatiques incitent à la méditation. Voire à la réflexion critique, amorce de toute pensée politique. Ces morceaux choisis, prélevés dans le terrain de la déraison, constituent le manuel le moins pratique qui soit. C’est dire si celui-ci est indispensable.

Dans un entretien avec Luc Hossepied, Pat le Sza se souvient de ses années de formation à l’École supérieure d’arts appliqués et textile (l’ÉSAAT) en ces termes : « Je saturais de couleurs toute feuille de papier qui tombait sous ma main, des carnets, des agendas. J’inventais un monde où des courroies reliaient tout et n’importe quoi (…) Et tout cela avait un petit côté « manuscrit du Moyen Âge » regorgeant d’enluminures. » Il se dit pourtant enfant du XXe siècle ayant grandi avec la télé. Il cite à un moment Tom et Jerry. Le nom de la fameuse souris sonne alors un peu comme un autre, celui de… Jarry.

Visuel : Pat le Sza, Sans titre, 20021-2022, découpage, collage, peinture, ph. A. Leprince.

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Nicolas Villodre

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