Arts
Winnipeg, la ville où les artistes sont rois de la Maison Rouge

Winnipeg, la ville où les artistes sont rois de la Maison Rouge

23 juin 2011 | PAR Bérénice Clerc

La Maison Rouge fondation Antoine de Galbert inaugurait le 23 juin 2011, un nouveau cycle d’expositions consacré aux scènes artistiques de grandes métropoles périphériques. La première ville mise à l’honneur est Winnipeg, capitale du Manitoba (Canada). Rencontres multiples, langages artistiques différents se croisent et nous ouvrent les portes de la création contemporaine canadienne.

A l’heure d’une globalisation annoncée du monde de l’art, il est  pertinent de se tourner vers les centres de création souvent éloignés du feu des projecteurs, animés par une scène artistique active composée d’artistes dont les œuvres sont imprégnées par leur territoire géographique et intime, entre mythe, paysage et histoire.

Le cas de Winnipeg est symptomatique de cette prégnance géographique dans la production artistique. Les hivers rudes et longs incitent les artistes à se regrouper dans leurs ateliers pour travailler. Les artistes jouent un rôle fécond sur la scène locale et défendent une vision politique et artistique de la ville.

La Maison Rouge comme à son habitude crée une exposition intelligente pour donner au spectateur l’envie de réfléchir et de vivres des émotions multiples.

Au-delà d’une exposition de groupe, My Winnipeg cerne un espace spécifique de création à la lumière d’un large corpus d’œuvres, peinture, vidéos, performances, installations, photographies). Arts visuels, cinéma, musique, mais aussi histoire, sociologie, économie et même météorologie seront convoqués. Afin de présenter un large panorama de la création artistique de Winnipeg, l’exposition se construit à la manière d’un ouvrage collectif, la préface est un montage de photos de repérages pour situer les lieux avant d’ouvrir une série de chapitres commandés à différents « auteurs », artistes et commissaires.

Dynamisme, positivisme et joies artistiques  donne le la de cette exposition. Humour, légèreté de collages, couleurs flamboyantes de certaines photographies, rencontrent les jouets en plastique d’une scène puissante digne d’un beau plateau d’opéra la matière pour musique.

A peine retourné, la force d’une scène intérieure, nous plonge dans l’intimité d’un univers très personnel comme dans les contes baroques, les peintures ou les décors aux frontières du romantique, du kitch et du glauque. L’œuvre se contourne révèle une autre lecture encore plus puissante, troublante et forte. Un peu plus loin des photos macros d’objets en pastique peuvent faire sourire mais une lecture plus profonde donne à voir une vision de la société dont il faut s’affranchir.

Tout au long de cette exposition les artistes font bouger les lignes et libèrent le spectateur pour lui donner plus d’énergie et de joie de vivre chaque jour comme une exception.

Entre territoire géographique, politique, historique et territoire intime, la grande révélation de cette exposition est sans aucun doute Sarah Anne Johnson. Entrer dans son « House on fire » est un voyage à lui seul. Photos anciennes, photos de famille agrandies où elle dessine un entrelacs de motifs psychédéliques, coupures de presse trouvées dans les archives familiales, relatant le procès intenté par ses grands-parents avec d’autres patients, retravaillées, redessinées. De petites sculptures moulées dans le bronze d’une force incroyable, quasi vivantes ouvrent les portes d’un monde intérieur où le personnel se mêle au collectif pour bousculer les repères du spectateur.

Utopie poétique et sociale, House on Fire, évoque sa quête rêvée au sein de la transmission familiale. On passe de l’artiste à sa mère puis à sa grand-mère gravement lésée par un long traitement expérimental à l’institut Allan Memorial de Montréal où elle était venue soigner une dépression postnatale. Le poétique est à son paroxysme lorsque l’œil se pose sur une maison de poupée en feu, un arbre au milieu de ses fondations. Curieux, notre âme d’enfant renait et nous voici entrainé dans une aventure ludique pour voir toute les pièces de la maison. Vision effrayante, architecture distordue d’un cerveau dont la réalité est altéré, modifié. L’angoisse nous laisse-t- elle le choix ? La réalité est-elle celle que nous voyons ? D’où venons-nous ? Où sommes-nous ancré ? Notre intérieur, nos pensées, notre constellation familiale abritent d’étranges pièces souvent cachées aux tréfonds de notre maison corporel…

Tout est offert avec générosité aux spectateurs dans cette installation bouleversante d’une artiste à suivre sans crainte.

La poursuite de la visite chargée de cette expérience nous donne à voir d’autres artistes aux univers différents mais dans un partage palpable pour une vision d’un monde où l’artiste serait roi d’un peuple penseur et autonome. Utopie chevillée au corps, un café, une douceur s’impose dans le nouveau décors du Rose Bakery Culture toujours imaginé par Emilie Bonaventure, frais comme une brise légère sous un soleil d’été dans une nature supérieure.

La Maison Rouge Fondation Antoine de Galbert  fait des choix courageux, ambitieux, visionnaires comme toujours et attend les amoureux de l’art ou les novices petits et grands à quelques pas de la place de la Bastille.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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