Arts

Mathilde Bouvard, une photographe parmi les sexworkers…

09 avril 2009 | PAR marie

Samedi 21 mars, jour de la marche des travailleurs du sexe, La boîte à sorties rencontrait Mathilde Bouvard. La jeune femme, qui vernit ce soir à l’Espace 14, a fait, zoom à la main, un tour d’Europe des prostituées. De photographe, la toute jeune femme s’est faite sociologue. Rencontre.

La Boîte à sorties : Pourquoi avoir choisi de travailler sur le thème de la prostitution ?

Mathilde Bouvard : L’art n’a pas pour moi qu’une fonction esthétique. Je voulais mener un travail qui puisse servir sur les plans humains et sociaux. La prostitution m’a intéressée car elle permet de travailler sur trois thèmes : la marginalité, le tabou de la sexualité et la féminité (en sachant que 15 % de la prostitution est masculine).

La BAS : Comment avez-vous mené votre travail de photographe ?

Mathilde Bouvard : Je n’avais auparavant pas rencontré de prostituées, ou du moins pas consciemment. J’ai pris des contacts avec des associations de travailleurs du sexe. J’ai ensuite rencontré les travailleuses chez elles ; je discutais avec elles avant de les prendre en photos. Je ne les avais vu qu’une demi -heure mais j’avais souvent l’impression de les connaître depuis longtemps. Par la suite, ce sont les prostituées qui sont venues vers moi, ce sont elles qui m’ont donné les contacts de leurs amies. Il faut préciser que les prostituées se connaissent à l’échelle européenne. Il y a tellement d’oppression qu’elles se doivent d’être solidaires pour faire entendre leurs voix.

mathilde-bouvard1Crédit photo : Mathilde Bouvard

La BAS : Comment les prostituées vivent-elles leur métier ?

Mathilde Bouvard : Tout d’abord, aucune prostituée ne ressemble à une autre. J’ai rencontré des prostituées qui assumaient leur métier. Elles étaient fières de ne pas avoir honte. Pourquoi auraient-elles honte ? Elles ne vendent pas leurs corps, elles ne coupent pas des morceaux de leurs bras, elles vendent des services sexuels. Plusieurs disent aimer le travail social qu’elles font auprès de leurs clients. Les plus fièr(e)s s’approprient leur activité comme une identité. Certes, comme les caissières de Monoprix, elles n’ont pas véritablement choisi  leur travail, mais elles apprécient la liberté d’action que leur profession permet. Il y a bien sûr du prosélytisme, de la traite mais le discours public, et notamment les associations abolitionnistes [qui veulent abolir la prostitution], se sont centrés sur ces phénomènes qui ne sont pas majoritaires en Europe. Il y a bien sûr de l’exploitation, mais l’exploitation existe dans tous le monde du travail, quels que soient les secteurs. Après, les situations sont très variables suivant les pays Européens. La Suède est par exemple un des Etats les pires pour ces travailleurs du sexe. En Suède, les clients sont passibles de peines de prison pour viol, les prostituées sont infantilisées. Les réseaux clandestins y sont dures et des ferry party sont organisées. Pour contourner la sévère réglementation, les prostituées travaillent dans des bateaux naviguant sur les eaux internationales.

La BAS : Comment votre travail est-il reçu ?

Mathilde Bouvard : Il est très bien reçu, je ne m’attendais pas à un tel accueil. L’exposition fait le tour de l’Europe : Berlin, Bruxelles, Londres, Genève, Avignon…. En même temps, c’est marrant car au moment où mes photos sont exposées, beaucoup de choses se produisent : le reportage de Jean-Michel Carré intitulé « Les travailleuses du sexe » vient d’être diffusé [sur France 2 le 19 mars]. 3 millions de spectateurs l’ont regardé. A l’Odéon ont été organisées les assises européennes de la photographie et le premier syndicat du travail du sexe français a été créé. C’est comme si le combat qui avait été lancé il y a plusieurs années par l’écrivain et prostituée suisse Grisélidis Real [1929-2005] commençait à porter ses fruits. Les cendres de Grisélidis Réal viennent d’ailleurs d’être transférées au Cimetière des Rois de Genève [Le Panthéon genevois]. Mon regret est de n’avoir pas pu la rencontrer : elle est décédée en 2005 et j’ai commencé mon travail en 2007.

mathilde bouvardCrédit photo : Mathilde Bouvard

 

La BAS : Qu’avez- vous appris ? 

Mathilde Bouvard : Je me suis pris une grande claque. J’ai rencontré dans le milieu de la prostitution des gens très ouverts, très forts, ce qui a décuplé mon envie de travailler pour les autres. Ce reportage, qui a duré deux ans et demi, m’a aussi permis de relativiser des mots comme « féminisme » ou « dignité ». Il y a une certaine frange dans le féminisme qui estime que certaines femmes ont le droit d’être défendues, d’autre pas. A l’origine, les féministes se sont battues pour pouvoir disposer librement de leurs corps. L’avortement, la pilule ou la prostitution (le fait de pouvoir travailler avec son corps), participent de cette libre disposition.

putes1

Crédit photo : Mathilde Bouvard

La BAS : Considérez-vous vos photos comme des photos d’art ?

Mathilde Bouvard : Je suis peintre, et ce travail était en réalité mon premier travail photographique. J’ai un rapport très conflictuel avec la peinture, elle sort de mes tripes. Toutefois, cet art m’a donné un certain coup d’oeil, des réflexes qui m’ont aidé dans mon travail photographique. J’estime que mes clichés rendent le côté humain du travail mené, l’appareil photo n’a pas déformé la réalité. Le reportage montre bien la diversité de la prostitution. L’objectif était de faire éclater les clichés et de présenter, tant par les photos que par les éléments informatifs, la réalité du monde de la prostitution.

Propos recueillis par Marie Barral


VERNISSAGE Le 9 AVRIL, 18H30: ESPACE 14. 14 rue des Taillandiers – PARIS 11 eme. AFTER VERNISSAGE au CAFE de la PLAGE (59 rue Charonne). Le vernissage sera suivi d’une performance dj/vj par « Mamajih »et « Citizen Clem ». Suivi d’ un show de « Mauvais Genre ». La soirée se termine avec un set dj par « dj Son of a Pitch »

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marie

7 thoughts on “Mathilde Bouvard, une photographe parmi les sexworkers…”

Commentaire(s)

  • Bonjour,

    Je suis passé rue des Taillandiers cette après-midi et vos images ont attirées mon attention elles sont rugueuse et directe.
    Je m’intéresse particulièrement aux travaux effectué en Noir et Blanc, car je suis tireur de profession, j’ai débuté une activité en temps qu’indépendant au mois de Septembre dernier et je suis actuellement a la recherche d’éventuelle nouveau client. Vous pouvez aller visiter ma page myspace et en apprendre un peu plus sur mon parcours. Je me tiens a votre disposition si vous souhaité me rencontrer.
    A bientôt Fred.

    avril 10, 2009 at 13 h 34 min
  • Erwan

    Bonjour Fred,

    Nous allons transmettre à Mathilde Bouvard votre commentaire.
    Cordialement

    Erwan

    avril 13, 2009 at 23 h 46 min
  • David

    Bonjour,

    Est-ce que cette exposition terminee? On sera a Paris du 22 au 26 avril.

    avril 16, 2009 at 20 h 30 min
  • L’exposition est ouverte jusqu’au 12 mai, de mercredi au dimanche de 14 à 19h.
    Attention! La galerie sera exceptionnellement fermée le dimanche 19 avril et le dimanche 26 avril.

    Espace 14
    14, rue des Taillandiers
    Paris 11
    Métro Bastille ou Ledru Rollin

    avril 18, 2009 at 16 h 29 min
  • linda

    Bonjour, je souhaiterai connaître les tarifs de cette exposition (tarif plein et réduit).

    Merci !

    avril 19, 2009 at 8 h 25 min
  • marie

    Bonjour cette exposition est gratuite, c’est une galerie, vous pourrez acheter des photos. L’exposition est ouverte du mercredi au dimanche de 14h à 19h. Bonne visite

    avril 20, 2009 at 9 h 39 min
  • je recherche quelqu’un qui veuille écrire mon livre sur la prostitution.mon tel.o21 948 93 25. merci

    mars 3, 2010 at 23 h 07 min

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