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Les Plasticiens sont abstinents en matière de préservatif

Les Plasticiens sont abstinents en matière de préservatif

30 novembre 2012 | PAR Bérénice Clerc

Depuis de nombreuses années le SIDA fait hélas partie du quotidien, comme un meuble ou un tableau au mur depuis des lustres, il n’interpelle plus, ne choque plus, ne questionne plus les humains et leur vie sexuelle parfois à risque sans vouloir le savoir. Le préservatif est une évidence pour certains, il est la seule et unique protection contre toutes les maladies sexuellement transmissibles mais il est de moins en moins visible. Absent des lieux publics, des téléfilms et des films, il semble également très peu représenté et utilisé par les plasticiens.


6000 ans avant Jésus Christ une statuette Égyptienne montre un homme muni d’un étui contraceptif.

1350-1200 ans avant notre ère, un préservatif en lin est déjà destiné à se protéger des maladies

Des fresques ornant différents tombeaux du temple de Karnac, bâtis au cours de la 19ème dynastie, représentent un homme dont l’extrémité du sexe est recouverte d’un petit capuchon.
Le sexe de certaines momies, toujours en Égypte, était enfermé dans de solides pochons leur assurant protection au royaume des morts.
Il ne s’agissait sans doute pas là de préservatifs mais plutôt d’étuis protecteurs comme en utilisent encore les hommes de certaines tribus primitives pour se protéger des branches épineuses ou d’éventuelles piqûres d’insectes.

Entre 100 et 200 sur des peintures pariétales à Lascaux II en France, un dessin montrerait un homme et une femme faisant l’amour où le pénis de l’homme serait « protégé ».

 

De siècle en siècle les artistes, sculpteurs, graveurs utilisent le préservatif pour leurs dessins et représentations. Le préservatif devient lui -même un support artistique.

 

 

Chez les contemporains du Sida, le préservatif est finalement très peu représenté et peu utilisé comme objet du quotidien dans les installations ou les sculptures. L’artiste irlandais Bryan Mc Cormack a eu l’idée et la possibilité en 2011 de recouvrir le monumental escalator de Beaubourg. 80000 préservatifs, chaque étage sa couleur rose bonbon, vert, jaune, rouge, violet et bleu ciel. « Les Sons de ma vie. Preservation is Life », des battements de cœur, de plus en plus jeune à mesure de la montée des étages. Bien rangés, acidulés, alignés sur des rails métalliques, la subversion est loin, les enfants, les parents n’auront peut être eu aucun échange, mais le préservatif est présent, figuré avec légèreté, sans tabou presque trop « beau ».

Dans la boutique du musée, les préservatifs rigides estampillés Mc Cormack, fabriqués en série se vendaient à l’unité.

En 2012 après les malles, les sacs, les lunettes et les montres, l’architecte géorgienne Irakli Kiziria, témoigne de l’engagement de Louis Vuitton auprès de l’association amfAR qui soutient activement la recherche contre le SIDA.

Un emballage en papier brun, couleur phare du groupe Louis Vuitton, laisse découvrir un préservatif parsemé de logos LV en relief, gagent de « plus de plaisir » selon son inventeur. Cette pièce de latex, créée dans une démarche caritative n’est pas encore commercialisée, mais elle a tout de même un coût relativement élevé de 55 euros…

 

Le château viticole de Jau abritait de grandes sculptures en résine de Stephen Marsden en forme de préservatifs brillants, contournés, monstrueux, fantastiques : immaculée contraception en hommage au séducteur Casanova, paraît-il, inventeur du terme « capote anglaise ».

Si ce n’est ces « maigres exemples », le préservatif est peu présent dans l’art contemporain, comme les fantômes des millions de malades décimés par l’épidémie il disparaît, est invisible.

Les artistes pourtant souvent délivreurs d’une vision de l’humanité impalpable par tous, ou subversifs là ou d’autres se taisent, sèchent en matière d’apparition du préservatif.

Le préservatif ne doit pas disparaître, il doit être visible accessible à tous intellectuellement dès le plus jeune âge et physiquement quand le désir commence à naître et à se concrétiser.

Sauveur de vies, le voir, le toucher, le faire exister au quotidien comme dans l’art doit redevenir une nécessité pour tous et pour les artistes, derniers gardiens des portes de l’éternité.

 

Visuels : (c) Captures d’écrans modifiées (c) BC

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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