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Kapwani Kiwanga, l’artiste franco-canadienne, rafle le prix Marcel Duchamp 2020

Kapwani Kiwanga, l’artiste franco-canadienne, rafle le prix Marcel Duchamp 2020

20 octobre 2020 | PAR Loïs Rekiba

L’Association pour la diffusion internationale de l’art français (ADIAF) a rendue publique sa décision, lundi en fin d’après-midi, au Centre Pompidou.

Le 7 octobre nous étions au vernissage de l’exposition des oeuvres des quatre artistes nominés en cette année 2020 pour le prix Marcel Duchamp. 

Parmi ces quatre artistes, tous de très bonne facture grâce à leurs propositions artistiques originales et profondément contemporaines, l’ADIAF et le Centre Pompidou ont consacré l’oeuvre de l’artiste franco-canadienne Kapwani Kiwanga à l’occasion du vingtième anniversaire de ce prestigieux prix d’art contemporain. Cette dernière succède ainsi à Eric Baudelaire, lauréat de l’édition 2019 du prix.

Une installation artistique florale et conceptuelle pour (re) penser les héritages du colonialisme

Le projet Flowers for Africa, présenté par Kapwani Kiwanga dans le cadre du Prix Marcel Duchamp 2020, est né en 2013 lorsque l’artiste prenait part à une résidence de création en plein coeur du Sénégal. Assumant une démarche historiographique, elle y interroge la présence des compostions florales lors des événements diplomatiques liés l’indépendance des pays Africains. Celles là même que l’on retrouve disposées sur les tables des négociations officielles, sur les estrades lors d’allocutions des cols blancs, ou bien dans la ville lors de parades de liesse populaire. Ces compositions florales -rejoignant directement le processus artistique bien connu des Vanités- visent à témoigner du temps qui passe, à réfléchir sur l’histoire, notre histoire, ainsi qu’aux modalités d’une mémoire douloureuse réactivée sans fétichisme à même l’art

Par chance, nous avions eu l’occasion d’obtenir quelque mot de Kapwani Kiwanga qui, le 7 octobre, était certes encore une nominée parmi les nominés, mais dont la démarche artistique originale avait dès lors attiré notre attention et notre oeil curieux. Elle nous disait qu’avec Flowers For Africa les processus de créations avaient été pluriels, « j’ai dû moi-même faire mes recherches en compagnie de d’autres personnes qualifiées dans le domaine » nous disait-elle. Pour ensuite nous confier qu’il s’agit avec ces installations florales de « comprendre plus l’histoire politique, les personnalités en jeu, les moments politiques clés des transitions vers l’indépendance des pays africains : tout ça j’ai voulu le réactiver avec l’arrangement floral ». Son projet « témoigne aussi de l’histoire différente de chaque pays africains, des transitions politiques longues, parfois rapides et violentes vers l’indépendance ». Elle affirmait l' »importance » ainsi que « la minutie attentive » du choix de ces fleurs puisque, selon elle toujours, « la transition est aussi un processus à revisiter à interroger sans cesse,  elle va passée certes, mais il faut la revisiter avec notre histoire toujours en mouvement ». À la question du pourquoi ce choix du motif floral pour son installation artistique, Kapwani Kiwanga nous répondait que « ce choix de fleur était important car elles sont en marge des photos officielles que l’histoire a le plus souvent tendance à retenir, ces fleurs sont un peu comme un public qui regarde au centre mais qui est affecté par ces changements : plus précisément, ces compostions florales sont un moyen intéressant pour décentrer le regard, décentrer notre entrée habituelle dans la réflexion autour de la géopolitique contemporaine,  grâce à des fleurs auxquelles on doit être disponibles, à l’écoute, pour accueillir plusieurs points de vue historiques et non communément admis, enseignés aussi ».

Kapwani Kiwanga nous aura offert un beau bouquet de réflexions engageantes quant au sort que l’histoire et le temps qui passent réservent aux hommes, à leurs honneurs et à leurs malheurs, à leur capacité de dialoguer tout comme à leur penchant pour la résolution violente, sinon péremptoire et sans appel. Ces compositions florales s’inscrivent résolument dans un contemporain à part entière, conscient de son histoire et de la nécessité de son témoignage, que le jury du prix Marcel Duchamp a su récompenser en sacrant Kapawani Kiwanga.

« Il y a dans cette édition 2020 une force plastique sensible et une manière singulière d’habiter le monde »

Quant à Gilles Fuchs, le président de l’Adiaf, ce dernier a tenu à « saluer les équipes du centre Pompidou qui ont fait un travail remarquable dans une période complexe ». Les remerciements ont aussi été adressés aux galeries et aux commissaires d’expositions qui ont su défendre les quatre artistes nominés pour l’occasion.  

Tout en rappelant la tenue en ce moment de l’exposition Résistances au Centre Pompidou, Gill Fuchs fait de ce prix Marcel Duchamp une occasion pour le public de « comprendre la diversité des engagements du musée » qui propose « non pas un programme de reconstruction de notre monde, mais une idée de ce que l’art est capable de faire ». Avant de rappeler plus particulièrement « la force plastique sensible  » et « une manière singulière d’habiter le monde » dont témoigne cette édition anniversaire du prix Marcel Duchamp 2020.

 

 

Informations pratiques: 

Édition 2020 du Prix Marcel Duchamp : exposition jusqu’au 4 janvier 2021.

 

 

 

©ManuelBraun,2020

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