Arts
Hortillonnages d’Amiens : entre terre nourricière et environnement 

Hortillonnages d’Amiens : entre terre nourricière et environnement 

26 juillet 2021 | PAR Anne-Sophie Bertrand

Si vous êtes à la recherche d’un week-end atypique et proche de la nature, nous avons ce qu’il vous faut. Direction la petite Venise du Nord ! Vous pourrez ainsi profiter de sa cathédrale gothique et de ses petits macarons. Mais surtout, visiter le Festival International de Jardins – parcours artistique, poétique et engagé  – installé pour la 12è année consécutive dans Les Hortillonnages d’Amiens.

 

C’est sous un soleil tonitruant que nous sommes arrivés à Amiens (si on vous promet !). Direction Camon pour embarquer cette année sur les nouvelles petites barques électriques, qui ne font vraiment aucun bruit. Ces dernières ont été conçues par Les faiseurs de bateaux, un atelier héritier de la tradition picarde. Ces barques sont plus respectueuses de l’écosystème, tout en conservant l’aspect des embarcations historiques qui circulaient sur les rieux. Loin de l’agitation citadine, les hortillonnages offrent une parenthèse d’environ deux heures et demi entre la flore, la faune, et l’art. 

Pour ceux plus rassurés par la terre ferme, un sentier piéton vous permet de profiter en toute tranquillité de cet environnement classé Natura 2000. 

D’année en année, les oeuvres s’installent. On retrouve La chambre des lisières de Solène Ortoli, Roques de l’Atelier Faber ou encore les Hortillophones de Raphaëlle Duquesnoy qui chacune à leur manière mobilisent les sens, invitent les visiteurs à se connecter avec la nature.

Protection et évolution du territoire 

Dans les nouvelles oeuvres présentées lors de cette édition, c’est la richesse et l’évolution de la terre amiénoise qui sont mises en avant. Cette année, les installations éclairent les ressources de cet espace si unique, et pourtant si souvent menacé par les changements climatiques ou même par les différents plans de développement urbain. Elles sonnent comme une lutte poétique qui amène le visiteur à questionner son environnement. Peut-on envisager les choses autrement pour mieux le préserver ? Comment pouvons-nous nous mobiliser et créer des systèmes périphériques pour préserver les écosystèmes naturels existants ? L’art est-il un moyen de considérer différemment ce qui nous entoure ?

Le regard sera accroché par La peau de chagrin de Bruno Grasser. Un bout de route immergeant du marais. Une œuvre coup de point qui fait référence à un projet de rocade des années 90 qui a failli mettre fin à une partie des hortillonnages. 

Porosité du territoire également avec l’installation +2°C = 43 cm de l’Atelier Eem qui met en exergue la modification des berges de l’étang de Clermont tant du point de vue terrestre que des écosystèmes végétaux.

L’installation Ilôts d’Ilona Mikneviciute interroge, quant à elle, la transformation du paysage liée au concours de l’homme. Peut-on clairement distinguer le produit de la Nature que celui reproduit artificiellement par les humains ?

Vivre avec les ressources de proximité

L’environnement s’adapte. Et peut-être à nous de nous adapter à lui. De trouver de nouvelles manières de travailler la terre pour remplir d’une meilleure façon la mission nourricière.

Avec Elever la terre, Livia Kolb et Virginie Alexe s’inspirent de certaines pratiques de culture à travers le monde : au Mexique, en Amérique du Sud ou encore en Indonésie. Différents systèmes de drainage des parcelles sont ici conçus; protégeant les terres et les récoltes en cas de montée des eaux. 

Avec Le rivage des cirses, le collectif SYLVESTRE propose une approche plus naturelle, moins construite et plus “sauvage”. Comme l’explique les organisateurs du Festival de Jardins : “Le visiteur est invité à rêver de nouvelles formes de jardin où le geste jardinier accompagne la dynamique de milieu.” Sur une petite cabane en pleine nature, entourée de cirses, on découvre de nombreuses recettes à base de ce légume des prairies un peu mis de côté ces dernières années.

Si vous aimez les abeilles, vous serez ravis par 3 kilomètres à la ronde d’Alix Eoche-Duval et Cyril Servettaz, qui ont créé un environnement dans lequel les butineuses retrouvent la majorité des pollens qu’elles rencontrent entre les Hortillonnages et Amiens, sur un rayon de 3 kilomètres autour de la ruche.

Ne manquez pas, le Jardin fortifié du Studio Audal. Un espace aussi poétique que désarmant que les architectes ont pensé en s’inspirant des fondations des châteaux-forts. La nature mime ici les constructions humaines, et se fortifie grâce à la diversité… à bon entendeur.

 

Il y a les endroits où l’on brille, les endroits où l’on est ému et les endroits où l’on se sent bien. La dernière option est véritablement celle des Hortillonnages d’Amiens : on s’y sent comme à la maison. Sans artifice, sincère et amenant les visiteurs à se questionner aussi bien sur l’environnement que sur l’histoire et l’évolution de la ville, cette nouvelle édition du Festival International de Jardins séduira les amoureux d’art, d’Histoire et de végétaux. 

 

Images : 

Couverture : Les Hortillophones de Raphaëlle Duquesnoy, 2019, Festival international de jardins ? Hortillonnages Amiens © Yann Monel

1 : La peau de chagrin de Bruno Grasser

2 : Vue des Hortillonnages

3 : Vue de l’installation Tisser des liens du collectif étudiant Les Tisserins

4 : Vue de 3 kilomètres à la ronde d’Alix Eoche-Duval et Cyril Servettaz

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Anne-Sophie Bertrand

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