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Les Hortillonnages d’Amiens : la jeune création et la nature célébrées dans la capitale historique de la Picardie

Les Hortillonnages d’Amiens : la jeune création et la nature célébrées dans la capitale historique de la Picardie

16 juillet 2020 | PAR Anne-Sophie Bertrand

A quelques heures de voiture de Paris et de Lille, les hortillonnages d’Amiens ouvrent les portes de la 11è édition du festival international des jardins. Jusqu’au 18 octobre 2020, le public pourra profiter, en plein air et en toute sécurité, d’un parcours mêlant art et nature pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Plus de 50 œuvres sont à découvrir réparties dans la ville entre l’Etang de Clermont, l’Île aux Fagots et l’Île Robinson. 

 

Les cultures s’entremêlent avec l’art.

Arrivée sur le ponton d’embarquement de l’étang de Clermont (Origami, crée par Alexis Deconinck et des étudiants de la Faculté d’Architecture de la Cambre). Première inspiration. L’air est frais, il y a un peu de vent. On entend le bruit des feuillages, ça sent bon le jardin et les coupes fraîches. Et, directement on s’y sent bien. On embarque à bord d’une petite barque qui permettra à chaque groupe de se laisser voguer. Pas besoin du permis bateau, une formation au début du voyage suffira à manier l’embarcation, permettant ainsi de se créer son propre parcours entre les différents îlots. Il faudra compter environ 2h30 pour sillonner les célèbres « rieux » des hortillonnages, et partir à la découverte de la cinquantaine d’oeuvres qui se dissimulent dans cet environnement si singulier. 

Les maraîchers bichonnent la terre tout autant que les œuvres uniques produites pour la majorité in situ, et en total respect de la nature et des plantations. Le banquet cornélien, une installation de Guillaume Besnier est le premier exemple de ce dialogue sincère entre les disciplines, montrant « les alternatives possibles (aux pesticides et énergies fossiles) développées par les agriculteurs et jardiniers utilisant des techniques agro-écologiques« . L’oeuvre est entretenue quotidiennement par les équipes du site.

Comme le rappellent Gilbert Fillinger, directeur d’Arts & Jardins Hauts-de-France et la directrice de production Nathalie Vallée, l’événement évolue d’année en année répondant toujours à son objectif de départ : la sauvegarde éco-responsable et durable ce patrimoine unique.

L’intervention de l’homme ne sert ici qu’à renforcer, consolider et entretenir, sans pour autant oublier qu’il s’agit également d’un lieu de vie. L’art n’interfère en rien. Sur une des parcelles, le jardin devient théâtre avec l’installation de Stéphane Larcin et Baptiste Demeulemeester « Cabotans Maraîchers ». Entouré.e.s d’artichauts, de framboises et de pieds de menthe vous pourrez apprécier tout au long de l’été des spectacles de marionnettes traditionnelles amiénoises, des concerts ou encore des performances. 

Vous pourrez déjeuner et vous prélasser sur le Jardin des Rives. Vous apercevrez certainement les maraîchers et les propriétaires des petites cabanes, pécher ou bronzer. Quelques éclaboussures à prévoir entre les canoës et les paddle. Il y a apparemment embouteillage les week-end ensoleillés. 

 

Des oeuvres militantes

En continuant, l’attention s’arrête sur l’installation Roques de l’Atelier Faber. Une bâtisse de bois assez massive de 20 m2 s’élève. A côté son pendant, une superficie égale végétalisée. 20m2 ce n’est pas grand, sauf lorsqu’on réalise que cela correspond « à la surface de sol artificialisée chaque seconde en France« . Par cette construction délibérément ouverte aux éléments naturels (l’eau, le vent, les animaux et insectes), la notion de construction immuable/fermée est réinterrogée. 

A contre pied on découvre quelques nœuds plus loin l’Hôtel pour oiseau de petite taille produit par Laraflouquette Consortium, un lieu tout aussi drôle et loufoque qu’engagé. Le Corsotium dirigé exclusivement par Louis Leroux est « une entreprise désintéressée financièrement qui prône l’importance de choses inutiles. » Elle n’a apparemment pas reçu de prix d’innovation en 2020, « et n’en recevra probablement jamais ». Mais on rit de la disproportion des choses, des objets accumulés sans lien, qui arrive pourtant à questionner la perception des normes.

On voulait contacter le directeur pour répondre à nos questions mais pas de chance, pas de coordonnées sur sa carte de visite. « Au moins je suis certain que vous n’arriverez pas à me joindre. » argue-t-il d’un grand sourire en tendant un carré de papier blanc.

Coup de cœur pour le travail de Rachel Labastie, une basque installée à Bruxelles, qui réalise pour cette 11è édition la sculpture « Ouvrage ». On la rencontre auprès de son oeuvre qu’elle vient tout juste de finaliser. Cette dernière est principalement constituée de torchis qui pendant très longtemps a servi de béton naturel pour la construction des maisons mais également des nids, et ai encore travaillé par les guêpes maçonnes. L’artiste s’intéresse ici au va-et-vient entre l’homme et l’animal en utilisant cette matière pour « constituer une forme hybride » qui sera forcement évolutive car composée de fibres naturelles et de graines. En cet environnement humide et boisé, il n’est pas impossible que la nature vienne transformer cette oeuvre. Une interaction libre souhaitée par l’artiste. Elle explique aussi : « certains voit dans cette sculpture la ressemblance avec des outils pour travailler le sol, d’autres des pattes d’animaux. Il y a dans tous les cas ce rapport à la communication, à la transformation ». 

L’oeil s’arrête également sur Chasse aux Fleurs de Joost Emmerick, Ile êtait une fois de Green Resistance ou encore Miroir aux Alouettes de Boris Chouvellon. Pause obligatoire aux Hortillophones de Raphaël Duquesnoy qui amplifient les sons de l’étang et ces habitants. Une expérience auditive réjouissante. 

Continuez votre balade en passant par l’Île aux fagots, avec notamment la sculpture évolutive, percutante et immanquable, de Anne Houel « Cultures« .

 

On recommence à regarder les arbres, les plantes, les odeurs…

En parcourant le festival, on se sent bien, quasi déconnecté de nos quotidiens, certainement plus alerte.s de ce qui se passe autour de nous. 

Contrairement à certains festivals dédiés à la jeune création, ou à d’autres grandes expositions dans des jardins magnifiques, Amiens nous accueille à bras ouvert, comme on est. Il n’y a rien de snob dans ce parcours contemporain. Tout semble être harmonieux et pensé pour rendre accessible à tous ce patrimoine incontournable et les travaux de jeunes artistes, locaux et internationaux, engagés pour un avenir plus solidaire, plus respectueux d’un environnement qu’on a bien trop souvent négligé. Ce festival amène à questionner véritablement notre rapport au monde extérieur et nos modes de vie.

Qui sait ? Peut-être arriverons nous à appliquer ce que Francis Parmentier, l’un des derniers hortillons, conseille : consommez près de chez vous, regardez la nature, écoutez-la et surtout n’ayez pas peur d’innover pour mieux consommer. Rappelons quand même que les dates du festival s’adaptent habituellement au cycle naturel : l’installation débute avec la floraison des saules, et se termine 4 mois plus tard lors de la dernière tonte. Les œuvres partent alors en hivernage. 

Entre le festival et la nomination comme Capitale de la jeunesse 2020, Amiens se réveille pionnière sur la création des synergies entre la prise de conscience (l’Art), la fonction agricole nourricière (les hortillons) et l’inscription dans une logique d’économie inclusive, solidaire et sociale tournée vers une empreinte locale. De quoi inspirer les plus jeunes… et leurs ainés.  

La proximité pour la consommation, tout comme dans le rapport au public semble être la signature de ce festival que tous les visiteurs semblent vouloir recommander pour une promenade de quelques heures ou un week-end d’été prolongé. 

 

 

Attention,

Pour un meilleur respect des mesures sanitaires, les barques sont à réserver en amont  sur le site www.artetjardins-hdf.com

• 14 juillet-31 août > du mardi au vendredi, 13h30-19h / samedi et dimanche, 10h-19h
• 1er septembre-18 octobre > du mercredi au vendredi, 13h30-19h / samedi et dimanche, 11h-19h

 

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