Arts

Né dans la rue Graffiti à la Fondation Cartier

10 juillet 2009 | PAR Pauline

p7090012Cette année, le tag est définitivement à l’honneur à Paris. Après T.A.G au Grand-Palais, voilà Graffiti à la fondation Cartier. Né dans la rue Graffiti retrace l’histoire du graf depuis sa naissance dans les rues de New-York dans les années 70 jusqu’à sa reconnaissance dans les milieux artistiques aujourd’hui.

Divisée en plusieurs sections, l’exposition nous aide à comprendre comment la technique du graf a évolué et comment celui-ci, à l’origine associé à un mouvement illégal de délinquants, a finalement atteint le statut d’art dans l’imaginaire collectif.

Au sous-sol d’abord, histoire du graf. Avec vidéos, photos et carnets d’esquisses à l’appui, les différents précurseurs du mouvement témoignent de leur rôle et de leurs difficultés à s’affirmer artistiquement dans un monde qui les considère souvent comme des hors-la-loi.

L’intérêt de l’exposition réside justement dans son interactivité. On est témoin de la transition  amorcée dans les années 70 de la signature au marqueur ( Julio 204, Taki 183 ou encore Joe 182) jusqu’aux véritables innovations de style. Le tag, c’est avant-tout une signature, le graffiti devient le dessin autour d’une signature. Le tag est donc d’abord un mot juste orné d’un contour, puis des motifs (pois, étoiles, flèches…) font leur apparition jusqu’à ce que les grafs deviennent des toiles sur les rames de métro. Personnages de bande-dessinée, revendications politiques (« Hang Nixon »), lettres en 3D, le graffiti est en constante évolution. p7090014

Les années 80 voient la reconnaissance du graffiti comme une forme d’expression artistique. Le moup7090017vement commence à dépasser les frontières new-yorkaises et à s’implanter durablement dans le paysage de la culture de rue. Hip-hop, break-dance, la street culture devient indissociable du graffiti. Essence même de cette culture selon certains, amalgame pour d’autres. En même temps que les graffeurs sont exposés dans des galeries et acquièrent une certaine reconnaissance, la mouvance punk se rapproche du mouvement. L’on peut alors apprécier des collaborations notables entre les groupes Blondie, The Clash et des taggueurs.

La deuxième salle du sous-sol est consacrée à ce tournant des années 80. Ce ne sont plus des tags de rue que l’on peut observer mais des graffitis sur toile, destinés à être exposés.

Au rez de chaussée, l’exposition se rapproche de celle du Grand-Palais puisqu’elle nous propose dix œuvres contemporaines commandées spécialement par la fondation Cartier. Par leur  taille phénoménale, la diversité des matériaux employés (toile, bois, carton…),  les collages, les grafs ne sont plus des dessins sur un mur ou une rame de métro, et le spectateur les voit aujourd’hui comme un courant à part entière de l’art contemporain.p7090016

Un petit tour dans la salle d’à côté et cette vision est encore bouleversée. Fidèle à son habitude, la Fondation Cartier nous propose de regarder un film pour élargir notre regard sur le graf et l’exposition juste parcourue. Pendant une heure, Pixo suit la vie des « pixadores » de Sao Paulo sur plusieurs années. Originaires des favelas, maltraités par la police, en quête d’une certaine reconnaissance sociale, les pixadores n’ont pas un parcours aujourd’hui bien différent de celui des graffeurs new-yorkais il y a 40 ans.

Une image ne laisse pas indifférent : un jeune brésilien illettré nous explique qu’il ne sait pas lire l’alphabet « normal » mais déchiffre sans problèmes les grafs qui ornent Sao Paulo, grafs que nous sommes incapables de décrypter.  Graffiti Né dans la rue nous conduit à la rencontre d’une culture : découverte complète pour les uns, art familier pour les autres, l’exposition nous montre ce que le graffiti doit à la culture de rue, tout en s’en distinguant.

Né dans la rue Graffiti, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 Bd Raspail, 75014.

Jusqu’au 29 novembre, ouvert tous les jours sauf le lundi de 11H à 20H

De 4.50 à 6.50€.

Plus d’infos ici.

Marching Band en avant première
Nosfell exclusif ! Pour ses fans, et ceux à venir…
Pauline

4 thoughts on “Né dans la rue Graffiti à la Fondation Cartier”

Commentaire(s)

  • Marine

    Classe cet article

    juillet 12, 2009 at 10 h 57 min
  • miss Punchabord

    Une expo très scolaire sans doute pour un public « bobo », même à la rigueur « maman bobo » (des photos, des vidéos, des films et une incontinence verbale). La Fondation Cartier fait la rentrée des classes. Des non-œuvres très propres sur elles, du graffiti/papier peint ou du graffiti complexé par l’art conceptuel. Ils américanisent le mouvement alors que les groupes d’étudiants mi lettristes, mi situationnistes avaient recouverts les murs de Paris dés 68, et que reste t-il de « Happy Holiday », « Sweet cousin cocaïne », « Dust sin », « Sirone », peut-être un peu de « Futura 2000 » ?. Si « L’imagination au pouvoir » était un slogan de 68, nous subissons aujourd’hui un pouvoir qui veut imaginer à la place des gens (multiplication des chaines de télévision, musiques clipées, livres bédétisés ou CDromisés et bien sûr, publicité inquisitrice). La jeunesse a besoin d’imaginer. Elle ne peut se sastisfaire des imaginaires fast food dans lequel on la baigne. Elle crée ses propres images. Les graphs sont des distorsions expressives qui soulignent du même coup ce qu’ils déforment : la lettre. Si on observe ces graphes, la première chose que l’on constate, c’est la primauté du trait mais ce trait est un trait éclaté. La jeunesse que l’on maltraite de plus en plus depuis quelques décennies est devenue dépressive. Ce retour de la cerne révèle l’angoisse d’une impression de dissolution. La couleur, élément essentiel du graphe, intervient alors comme une force jaillissante échappant au conditionnement du tracé. Elle se superpose à lui, le transforme et finalement s’affirme en elle-même : Le graphe est l’expression d’un combat entre un sentiment d’anéantissement et un désir de réaffirmation de soi. Et les graphes, c’est fini. La Fondation Cartier que l’on a connu plus inspirée vient après la bataille. Restent les taggs tandis que les slogans reviennent…

    septembre 6, 2009 at 19 h 40 min

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