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La Galerie Popy Arvani se Larre avec « Rouge Je Ma Muse »

La Galerie Popy Arvani se Larre avec « Rouge Je Ma Muse »

09 juin 2014 | PAR Franck Jacquet

Du 5 juin au 5 juillet, vous avez un mois pour revisiter à travers le regard moqueur de Raphaël Larre le conte du Petit chaperon rouge à la Galerie Popy Arvani. Le vernissage fut accompagné d’une performance carnassière et incisive à l’image du dessinateur.



Un chaperon tout rouge
Le dessinateur Raphaël Larre est désormais un habitué de la galerie. Il y a notamment exposé à plusieurs reprises ces dernières années dans le cadre d’expositions collectives. Cette fois, il revient pour présenter une petite exposition monographique sur Le petit chaperon rouge. A travers des dessins et gouaches apparemment de prime abord enfantines, presque gribouillées, on comprend vite que chaque dessin ou étape du conte est en fait composé rigoureusement. Le critère de rigueur ? L’instinct. Le conte est repris en un sens très premier où les pulsions et les désirs l’emportent sur le sens moral progressivement attribué aux personnages. Ainsi la figure du loup s’étire et se rétracte selon qu’il se trouve être le prédateur ou l’objet érotique. Le sexe est très présent en effet dans cette interprétation du conte : on devine bien vite phallus et autres appareillages liés au sexe. Le tout se conjugue logiquement avec un trait simple et posé à vif, comme à l’urgence. C’est l’instinct.
Les gouaches et dessins dressent (!) un chaperon pour le moins passif et le loup ne cesse d’être l’agissant, prenant ainsi la majeure partie de paysages primitifs. En effet, le propos d’introduction de l’exposition rappelle que ce sont bien des motifs totémiques qui sont mis en avant : le désir, la force, le sexe, la violence ou la contrainte et la mort expiatoire. L’ensemble est totémique par les thèmes donc mais aussi par la représentation : on se trouve toujours à la limite ou à la confrontation entre figuratif et abstraction, mais sans symbolisme. Qu’est-ce qu’ici que le chaperon rouge ? Un motif vermillon tantôt gobé, tantôt gobant… Une série de poèmes composés par Miguela Abad accompagne ces effigies. Ainsi, le loup épuisé :
«  Comment répondre à tes désirs
Combler ton avidité naissante
Me perdre en ta chaleur
Abandonner mon corps en ta demeure
T’abdiquer ma force et ma vigueur
Pour une blessure amoureuse. »
L’amour est donc sauf ! Il l’est par le texte, mais on a bien du mal à le percevoir dans les figures.

Mise en scène du festin
Seul le festin manque. Pas lors du vernissage du 5 juin dernier. Sur une page – mur, Raphaël Larre croque avec rapidité et à l’instinct les visiteurs présents au vernissage. Pour rester dans le bestiaire des contes, chacun devient qui une poule, qui un lion… En quelques minutes les caricatures prennent forme. Et encore une fois, les lois du conte doivent prendre le dessus. Ou alors celles du carnage surréaliste ou du cadavre exquis. Il faut dépecer, mais toujours avec le sourire et avec toute la bonhommie qui caractérise le personnage de Raphaël Larre. A la criée, c’est donc à une cannibalisation de l’œuvre éphémère à laquelle on assiste : chacun peut s’attribuer une part du dessin, la sienne ou plus. Le pan dessiné ne survivra pas longtemps. Il aura joué le temps d’un amusement. Les morceaux de carcasse pourront continuer leur vie…

L’animation
On signalera un autre pan de l’exposition, un peu moins visible durant la performance, proche du reste de l’exposition mais qui dénote au fur et à mesure qu’on s’y attarde. Un petit film est projeté : ce dessin animé est fidèle aux dessins de l’exposition, on y retrouve l’archaïsme et la force brute des animaux ou des éléments. Pour autant, voir s’enchaîner sur l’écran les formes comme les figures donne une fluidité supplémentaire qu’on ne perçoit pas dans la succession des étapes du conte. On sourit moins ici certes, mais de la poésie se détache de ces images invoquant immanquablement l’enfance et ses représentations.

Loin d’être un enfantillage, la reprise du conte par l’artiste laisse à voir le travail du jeune artiste composant progressivement son répertoire de thèmes et de pratiques : vivacité du trait, expression très directe entre abstraction et figuratif semblent ainsi se perpétuer exposition après exposition…

Visuels :

Visuel 1 : Raphaël Larre, Le petit chaperon devant la maison Loulou », dessin, 2014.

Visuel 2 : Raphaël Larre, « dessin-performance avant découpe », dessin, 5 juin 2014.

Informations pratiques :
GALERIE POPY ARVANI
7, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris, 75011
Tel: 01.47.00.87.51
Mail : [email protected]

OUVERTURE – Du mardi au samedi de 15h à 19h

TARIFS – Gratuit

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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