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[Interview] Le photographe Jean-Paul Morrel-Armstrong nous parle de son solo show à la Pijama Galerie

[Interview] Le photographe Jean-Paul Morrel-Armstrong nous parle de son solo show à la Pijama Galerie

22 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 8 novembre, le photographe Jean-Paul Morrel-Armstrong expose ses photos globe-trotteuses à la Pijama Galerie. Comme un chat, cet américain nomade amoureux de Paris a eu 9 vies, et ce, sur 3 continents. Il balade avec lui son appareil photo depuis son plus jeune âge, mais l’exposition Eye spy my little I est sa première grande exposition. Rencontre intense avec un jeune sage et un grand artisan de la lumière, que nous avons adoré programmer à la neuvième édition de nos soirées de Culture perchée ce mois d’octobre 2015 (voir notre live-report).

Pouvez-vous nous parler du titre de l’exposition : Eye spy my little I, à nous invitez vous quand vous nous proposez d’espionner votre « moi » par nos propres yeux ?
C’est un jeu où l’on devine, où l’on voit quelque chose et puis où l’on demande à l’autre de deviner ce qu’il voit. Quelquefois, j’invite les gens à rentrer en moi, mon petit moi, et regarder le monde comme je le vois. C’est un peu une invitation à regarder le monde à travers mes yeux. Et ça marche, depuis les vernissages, j’ai entendu les gens se raconter tout haut des histoires à propos de mes photos ; Certains m’ont dit qu’ils les trouvaient émouvantes et ça ça me touche beaucoup. Dans les photos abstraites, souvent ils trouvent ça très beau mais n’arrivent pas à savoir ce que c’est, ce que ça représente. Ca demande beaucoup de curiosité et c’est justement à cette curiosité que renvoie le titre de l’expo.

Dans vos photos, le mondes est multiple : il y a des paysages, des portraits, des natures mortes presque surréalistes…Où se perd-on le mieux ?
Cette diversité vient du fait que j’ai eu une vie très variée où j’ai vu beaucoup de choses et j’ai du mal à mettre tout dans des cases. Pour moi, la vie, c’est comme un jeu, c’est multiple. J’aime bien la voir comme je la vois et puis la prochaine personne verra peut-être autre chose dedans.

Et quel jeu jouez-vous avec vos photos surréalistes, comme celle qu’on retrouve sur le carton de votre exposition, celle où un balai semble prendre vie, comme un personnage ?
C’est une serpillère que j’ai vue posée sur un plateau, lors d’un voyage aux Canaries. J’ai trouvé qu’elle avait quelque chose, de la personnalité. D’ailleurs, dans la vitrine de l’exposition, je l’ai placée à coté de l’image du Christ. C’était un peu d’humour et de jeux de mots et d’images. Il y a toujours une personnification derrière l’objet.

Ce qui me marque dans tous ces univers différents, c’est que vos photographies travaillent la texture, comme si elles voulaient sortir vers la troisième dimension….
Oui exactement, j’essaye d’installer une émotion qui me touche. En fait, j’aimerais beaucoup faire des installations et cette exposition à la ?jama Galerie, quelque part c’est ma première installation, parce que c’est un peu une vision de ma vie. Avec les ombres, les images que je vois il y a une vision qui sort de moi vers le monde. Et puis, je mets tout dans une boite…

Vous abordez de la même manière les portraits et les paysages?
Pas toujours mais c’est sûr que le truc suprême, c’est l’humain. Après, quand je vois l’inanimé, c’est quand même moi qui le voit, du coup, il y a de l’humain derrière ça.Et dans tous les cas, photographier, c’est comme un moment de magie, je me sens comme un transmetteur. Je cherche, je cherche et quand je trouve, il se passe une sorte d’alchimie dont il est difficile de parler.

Dans l’exposition il y a notamment un autoportrait qui nous regarde comme s’il nous défiait ou nous invitait. Vous vous prenez souvent vous-même en photo ?
Oui, la réflexion sur les ombres, c’est un peu une analyse de moi même. C’est une analyse de qui je suis, de ce que j’essaye de faire ? Qu’est ce que l’image ? Qu’y a-t-il derrière l’image ? On ne peut jamais se percevoir vraiment. Quelque part, une photo c’est aussi une réflexion, c’est une image imprimée. C’est un peu chercher ce qu’il y a de mois derrière l’image.

C’est une première grande exposition, comment avez-vous sélectionné ce que vous vouliez montrer de vous ?
Exposer c’est s’exposer, c’est très intime, c’est se mettre à nu et j’étais arrivé à un point ou je sentais que je pouvais me mettre nu devant tout le monde. J’avais à peu près 600 photos qui me plaisaient, il faudrait 5 ou 6 expositions avec des thèmes différents pour les montrer mais c’est la première, je l’ai pensée comme une introduction, sans trop de contexte ou de directives.

Vous êtes nés dans une famille d’artiste, votre père qui est artiste était présent lors du vernissage. Quel est l’influence de cette famille sur votre art ?
J’ai toujours été dans ce monde-là, l’art, la création…Mon père Marc Morrel était artiste contestataire dans les années 1960 aux Etats-Unis. Son travail a été interdit par l’Etat américain parce qu’il protestait contre la guerre au Vietnam. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai grandi en Europe. Après, mon père est allé vers un travail plus dans l’harmonie, le chamanisme, dans la beauté de l’univers… Et ma mère était mannequin, c’était une très belle femme, elle avait un contrat avec une des premières agences à Paris, puis elle a choisi la photo, aussi, parce qu’elle était aussi artiste. Après, elle est partie sur un trip spirituel et elle est devenue maitre spirituel en Inde, en créant sa religion à elle et en œuvrant pour la charité, elle est décédée l’année dernière.

Cherchez-vous dans votre art quelque chose de spirituel?
Je pense que oui, mais j’ai une vision du spirituel différente de celle de ma mère. Elle avait tendance à voir ça après la mort et pour moi le spirituel est partout. C’est ta vision du monde qui rend les choses belles ou non.

Pouvez-vous nous parler de votre galerie, qui est au cœur du marais, rue du Pont aux choux, à Paris ? 
C’est génial d’être exposé à Paris où j’adore vivre. C’est marrant d’ailleurs, quand j’avais quatre ans, j’habitais rue de Crussol, à trois rues de la rue du Pont aux Choux. Je suis donc un peu retourné aux sources. Mes parents habitaient dans un atelier d’artistes quand j’avais 4 ans, là-bas. Revenir ici, c’est incroyable, c’est le centre, je suis très honoré.

Pijama Galerie, 10, rue du Pont aux Choux, 75003 Paris, tel : 09 86 18 17 54. Page facebook.
visuel : Jean-Paul Morrel-Armstrong.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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