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Espaces baroques – Ondoiements, exposition personnelle de Frédéric Galliano

Espaces baroques – Ondoiements, exposition personnelle de Frédéric Galliano

26 janvier 2022 | PAR Pauline Lisowski

À la galerie Valérie Eymeric, à Lyon, Frédéric Galliano présente, depuis le 15 janvier, une série de dessins sur papier et des sculptures en aluminium, issues de la série Espaces baroques. Dans ses œuvres, la courbe et la densité de couleurs se réfèrent à l’art baroque. Celles-ci nous invitent à plonger notre regard dans un espace coloré et en mouvement.

Rencontre avec un artiste qui poursuit un travail artistique selon un protocole stricte, lui permettant de laisser une part de hasard à son dernier geste.

D’où vient le terme de Monade, titre de la série en cours ?

J’ai nommé mes sculptures et toutes les formes dessinées, « monade » lorsque j’ai compris que le système d’élaboration et la manière avec laquelle je développais mon travail ainsi que les questions qui m’intéressaient étaient liées à cette notion abordée par Leibniz. La référence à ce terme n’est donc pas anecdotique. Je travaille dessus depuis une trentaine d’années.

Vous les nommez dessins. Ces œuvres rappellent des formes géométriques qui pourraient être présentes dans des architectures. De quelle façon, l’espace architectural est pour vous source d’inspiration ?

Je considère n’avoir que deux pratiques : le dessin et la sculpture. Ma manière d’aborder les aquarelles, pastels secs ou autres techniques n’a jamais de référence à la manière de faire de la peinture d’où cette notion de dessin primordiale. La couleur, je me débrouille avec parce qu’il faut bien, mais elle ne représente aucun réel centre d’intérêt. Elle vient en complément d’un dessin strict. Prenons les couleurs et effets de ma série d’aquarelles « Ondoiements » : elles viennent d’une peinture de Rubens visible au musée des beaux arts de Lyon, « Saint Dominique et Saint François préservant le monde de la colère du Christ ». Je prends cette palette pour son aspect tourmenté et je travaille avec sans rien de particulier à avoir à dire. D’ailleurs, chacun de mes dessins sont souvent monochromes, ce qui me facilite la tâche.

En ce qui concerne l’architecture, à l’âge de 7 ans, je découvert un plan de masse d’architecte. J’ai été fasciné par cette idée d’un futur volume pouvant être présenté de la sorte. Cela a complètement façonné ma manière de voir le monde à savoir de manière plate. Mes sculptures sont plates pour cette raison : pourvoir appréhender un volume d’un seul coup d’œil, d’un seul point de vue, rompant ainsi avec la notion de sculpture en ronde bosse.

De quelle manière travaillez-vous à la fois selon un protocole et une forme de lâcher-prise ?

Toutes mes formes depuis 1992, viennent de 4 équerres spécifiques formant initialement un carré et dont j’ai déterminé les mesures. Je les assemble de plusieurs manières précises aussi définies en 1992. Cela me permet d’obtenir plusieurs sortes de formes (monades) avec lesquelles je vais développer une série autour d’une idée particulière propre à la monade. Une fois cette forme établie, je continue d’installer d’autres protocoles qui vont me permettre d’arriver à un moment où le dessin ou la sculpture vont se faire en un geste fulgurant. Raison pour laquelle mes dessins ou sculptures se font en général en quelques minutes voire moins et quelques soit le format. Prenons les grandes sculptures de la série « Ondoiements » : les plaques sont découpées et poncées, ce qui prends un temps assez long mais ne fait pas réellement la sculpture. Le seul véritable moment où je peux dire que la sculpture se fait, c’est dans les deux fois cinq minutes où je chauffe les plaques au chalumeau et qu’elles prennent leurs formes aléatoires définitives. Car il y a aussi dans mon travail cette idée fondamentale que tous ces protocoles sont faits pour arriver à un instant décisif où l’action que je vais mener ne me permet pas d’anticiper un résultat point par point : ainsi les plaques se tordent un peu comme elles veulent, les aquarelles sont versées sur le papier et s’étalent de manière aléatoires, etc. Je fais en sorte d’avoir un protocole si serré tout au long de la réalisation que seul le dernier geste va m’échapper et amener une fulgurance qui est aussi une des caractéristiques de la monade : elle naît par fulgurance et meurt par annihilation.

À la galerie Valérie Eymeric, vous présentez une série d’aquarelles. Après avoir déployé des formes rectilignes, vous développez des courbes… Quelle est leur origine ?

C’est un peu passer du classique au baroque. Cette idée de courber mes dessins et sculptures m’est venue par envie premièrement et aussi à la lecture d’une phrase intrigante de Leibniz écrivant à Sophie-Charlotte : « Aucune impression ne se perd, même pas dans la matière. C’est à peu près comme lorsque l’on jette dans l’eau plusieurs pierres à la fois, dont chacune fait des cercles, qui se croisent sans se détruire, mais quand le nombre de pierres est trop grand, les yeux s’y confondent. » Partant de là, je voyais bien que la courbe allait devenir mon amie pour cette série. Je suis aussi allé chercher du coté du baroque qui a courbé l’espace architectural et fait tournoyer les formes. Borromini fut bien sûr mon immédiat référent ainsi que toutes les églises baroques de Rome.

À l’intérieur de chaque forme, une impression de vie semble être contenue. Comment travaillez-vous les variations de couleurs et de quelle façon donnez vous cette sensation de mouvement ?

L’infini est bien sûr présent dans cette phrase de Leibniz sur les pierres dans l’eau, dans le baroque aussi. De la même manière, le mouvement est primordial. J’ai donc cherché des moyens de mettre ces impressions visuelles dans les travaux. L’idée d’onde, l’ondoiement, les moires ont été des notions centrales et je pense avoir réussi à les matérialiser avec ces aquarelles dont certaines sont gorgées d’eau avant d’être colorées, d’autres dégagent une impression de magma grâce à un papier nuage qui fait se répartir l’aquarelle de manière bouillonnante. Pour les sculptures, c’est la flamme du chalumeau qui gondole les plaques de manières aléatoires.

Cette série ouvre vers une infinité de possibles. Comment imaginez vous le développement de ce travail ?

Il y a encore d’autres pistes déjà conceptualisées pour continuer cette série « Espaces Baroques ». Dans le baroque, il y a l’onde mais aussi la ligne ou la densité. Cette série « Espaces baroques » va donc continuer un certain temps.

Il m’arrive aussi de reprendre des travaux anciens en annexe quand une idée surgit. Ainsi, la série précédente totalement rectiligne réalisée en 2018 « Petites perceptions » va être réactivée avec la réalisation d’une série de 18 sculptures en aluminium anodisé bleu.

Les sculptures en aluminium captent la lumière et invoquent une sensation de profondeur. À la fois plates et en volume, elles ouvrent vers un espace où projeter toutes sortes de déplacements… Comment explorez vous ce matériau ?

L’aluminium a été choisi pour différentes qualités et principalement parce que divers traitements de surface me permettent une approche de la lumière et un rendu pouvant mettre en jeu la notion de perte de poids de la sculpture, d’immatérialité et de sensations visuelles variables. Cette idée de perte de poids ou de perte de sensation de matière dense renvoie bien sûr à ce combat que j’avais initialement mené « contre » la sculpture dans ce qu’elle avait de plus communément admis (poids, ronde bosse, densité…) pour arriver à quelque chose de très mental, de la même manière que la monade est avant tout une idée, pas vraiment une réalité physique.

Exposition personnelle de Frédéric Galliano, Espaces baroques – Ondoiements, à Lyon

Phase 1 du 15 janvier au 10 février

Phase 2 du 11 février au 12 mars

Légende visuels : dessins et sculptures de Frédéric Galliano

 

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