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AU MUDAM, L’IMAGINAIRE EST ROI

AU MUDAM, L’IMAGINAIRE EST ROI

06 mars 2018 | PAR Mariama Darame

Pour la première fois, le Mudam Luxembourg (Musée d’Art Moderne Grand- Duc Jean) consacre une exposition complète à l’artiste portugais João Penalva. Entre réalité et fiction, exaltation des sens et multiformité des supports, son œuvre est une invitation à un voyage imaginaire, où onirisme et liberté sont les maîtres-mots. Une nouvelle page qui s’écrit pour le Mudam et sa directrice Suzanne Cotter, nommée à sa tête en octobre dernier et bien décidée à faire du musée, une place incontournable de l’art contemporain en Europe.

« Le sentiment d’une expérience qui nous emmène au-delà de nous même ». Ces quelques mots du curateur Clément Minighetti consacrent la singularité de cette exposition, dédiée à João Penalva. Au sous-sol du Mudam, se déploie l’univers intrigant de cette artiste prolifique, ex-danseur reconverti dans les années 70 à la création d’art contemporain. Photos, textes, images, sons… L’artiste joue et compose avec ces éléments pour donner corps à une histoire décousue, dont le sens n’a plus d’importance.

Du réel au fantasme 

João Penalva est un conteur de récits fantasmagoriques qui accomode réalité et fiction. Moth-eaten pair of trousers. Never Used  ou la photo en noir et blanc d’une braguette ouverte de pantalon, interroge l’imaginaire et bouscule les références. Une porte d’entrée vers un nouveau monde ? Seul le spectateur détient la réponse. Changement de scène, changement de décor. Un couloir baigné par l’obscurité marque la rupture. Derrière un rideau de velours couleur rouille, se trouve l’installation maitresse de l’exposition : Pavlina and Dr.Erlenmeyer . Deux pièces où l’artiste nous transpose sa vision du décès de l’inventeur de la Naphtaline, puis du rêve de Pavlina, une entomologiste retraitée. Si vous ne savez pas où João Penalva veut en venir, c’est que l’effet est réussi. Dans ce décor feutré, l’artiste portugais met en scène son plaisir pour la narration brisant la frontière ténue entre illusion et vérité. Sur deux écrans distincts, une vidéo d’une mite en gros plan est projetée en même temps que les paroles de Pavlina relatant son rêve. Là encore, tout est une question d’interprétation. Dans la galerie ouest, une série de photos en noir et blanc évoque un temps passé : des costumes, des accessoires de théâtre dont les froissures et autres plis ont été saisi par l’objectif. De nouveau, l’imaginaire est transcendé par ce que le spectateur ne peut expliquer. Puis, dans la salle attenanteune série de clichés d’hommes endormis, Men Asleep défilent sur un fond sonore composée de bruits d’orage et de tonnerre, et nous ramène aux tourments de ces êtres malmenés par leur inconscient. Un lien, peut-être, avec le message implicite  des oeuvres de João Penalva : tout est latent et rien n’est acquis. Il conçoit son exposition dans un rapport à l’espace et au temps qui rappelle celui d’une chorégraphie, rythmée et entrainante. Chacun est libre de composer son histoire, de se laisser persuader par les mots et les images ou de renoncer aux illusions pour mieux interroger ces fictions aux contours réels. Clou du spectacle, l’œuvre Door,  laisse entrevoir à travers la fente d’une porte en bois, un film en noir et blanc. Comme un écho aux brèches ouvertes précédemment par l’artiste.

Un nouveau chapitre pour le MUDAM 

Au-delà de cette expérience multi sensorielle, l’œuvre de João Penalva stimule l’offre artistique du Mudam, déjà marqué depuis une dizaine d’années par une certaine audace et une pluralité des points de vue. Des artistes à l’instar de la luxembourgeoise Su-Mei Tse et sa fontaine d’encre noire ou encore les œuvres de Flatland/Abstractions Narratives #2, exposition d’un collectif d’artistes européens et américains, valorisent le retour de la narration dans l’art contemporain. Une vision qui se déploie au sein de ce bijou architectural, conçu par le fameux créateur de la pyramide du Louvre, leoh Ming Pei. Le musée, qui a accueilli en janvier dernier sa nouvelle directrice Suzanne Cotter, tout droit venue du Musée d’art Contemporain de Porto, poursuit donc son ambition de créer un environnement propice à la contemplation et gagne à être reconnu en Europe et au delà.

Visuel : João Penalva, From Store C-7, 2008, Collection privée, Düsseldorf, Courtesy Galerie Thomas Schulte, Berlin. Photo : Mathias Schormann

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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