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Lumière sur les aquarelles de Turner

Lumière sur les aquarelles de Turner

16 mars 2020 | PAR Laetitia Larralde

Avec un parcours de 70 œuvres appartenant à la Tate Britain, le musée Jacquemart-André s’intéresse aux aquarelles de Turner pour un point de vue intime sur l’œuvre d’un peintre de génie.

De Joseph Mallord William Turner, on connait principalement ses peintures à l’huile où les éléments tourbillonnent et se mêlent dans un bouillonnement de lumière. Ces tableaux réalisés pour être montrés au public étaient en quelque sorte la surface émergée de l’œuvre de Turner. En effet, le legs qu’il fit à la National Gallery de Londres en 1856 comptait presque 20 000 pièces, dont 19 000 dessins et aquarelles, créés sur toute une vie.

Ces aquarelles étaient souvent une étape de travail, une recherche sur la couleur et la lumière, après le croquis sur le vif et avant la peinture à l’huile. Elles étaient majoritairement destinées à rester privées, même si certaines ont malgré tout été élaborées dans un but commercial. Car Turner a réalisé un grand nombre d’aquarelles qui ont servi de base pour des gravures illustrant divers ouvrages, mais également quelques grands formats plus travaillés pendant ses jeunes années quand il travaillait pour des architectes. Mais de façon générale, selon les mots de son ami John Ruskin, Turner a créé ces œuvres «pour son propre plaisir», laissant libre cours à son envie d’expérimenter.

Le parcours de l’exposition suit un ordre chronologique et permet de rassembler les différentes facettes du travail de Turner avec ce médium. De ses paysages de jeunesse fortement inspirés par Claude Lorrain à ses variations atmosphériques préfigurant l’impressionnisme voire même l’abstraction, on se rend compte de l’étendue de la maîtrise et du génie du maître.
La technique de Turner est fascinante. De l’aquarelle on retrouve bien sûr la transparence et la lumière caractéristiques, mais il parvient à créer des matières que cette technique particulièrement indocile ne permet que peu. La précision de ses détails fait parfois douter que l’on est bien en présence d’une aquarelle et non d’une gravure. Mises en vis-à-vis avec une dizaine de peintures à l’huile, les aquarelles dégagent une même force et une même expressivité.

Cette exposition est également une invitation à passer dans les coulisses de la création. Ces recherches personnelles, qui devaient avoir de la valeur aux yeux de l’artiste car il les a conservées, montrent ce qu’il pouvait faire hors de toute pression du regard du public. Bien que grand théoricien du paysage, les aquarelles de Turner ont rarement été faites en extérieur. Lors de ses nombreux voyages en Angleterre ou en France, Italie ou Pays-Bas, il préférait le dessin rapide au crayon sur le motif pour ensuite, le soir même à l’auberge ou à son retour de voyage, travailler la couleur et la lumière en se fiant à sa grande mémoire visuelle.

Insaisissable et changeante, l’aquarelle est le pendant pictural des ciels d’Angleterre qui fascinaient tant Turner. Mais elle saisit également le caractère de l’artiste, sa sensibilité. Et voir la beauté de la nature par les yeux de Turner tient de la magie.

Turner, peintures et aquarelles. Collections de la Tate.
Du 13 mars au 20 juillet 2020
Musée Jacquemart-André – Paris

Visuels : 1- J. M. W. Turner (1775 – 1851), Venise : vue sur la lagune au coucher du soleil, 1840, aquarelle sur papier, 24,4 x 30,4 cm. Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate / 2- J. M. W. Turner (1775 – 1851), Un paysage italianisant idéalisé avec des arbres au-dessus d’un lac ou d’une baie, éclairé par un soleil rasant, vers 1828–1829, aquarelle sur papier, 31,2 x 43,9 cm, Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate / 3- J. M. W. Turner (1775 – 1851), Dinant, Bouvignes et Crèvecoeur : coucher de soleil, vers 1839, gouache et aquarelle sur papier, 13,6 x 18,8 cm. Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate / 4- J. M. W. Turner (1775 – 1851), Une Villa. Clair de lune (Une villa un soir de bal) pour L’Italie de Samuel Rogers, vers 1826–1827, crayon et encre, graphite et aquarelle sur papier, 24,6 x 30,9 cm Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate / 5- J. M. W. Turner (1775 – 1851), Quai de Venise, palais des Doges, exposé en 1844, huile sur toile, 62,2 x 92,7 cm. Tate, accepté par la nation dans le cadre du legs Turner 1856, Photo © Tate

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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